Au sein du collège Élisabeth et Robert Badinter à Angresse, un groupe courageux d’une vingtaine d’élèves a créé un clip saisissant intitulé « Ils assument », mettant en avant leurs particularités individuelles. Diffusée sur Instagram le 14 mars 2025, cette vidéo émouvante d’une minute révèle des témoignages muets mais éloquents. Face à la caméra, chaque élève présente en caractères imposants ce qui fait sa singularité : Sarah, 13 ans, affirme sa foi musulmane, Yllian, 12 ans, partage son daltonisme, Mael, 12 ans, assume son homosexualité, et Jeanne, 11 ans, évoque son deuil paternel. Esteban, pour sa part, révèle qu’il grandit avec deux mères.
Ce projet, supervisé par Caroline Goullard, assistante pédagogique numérique, avait pour objectif initial de sensibiliser la communauté scolaire à la présence d’un élève atteint de trisomie 21. Le projet s’est naturellement élargi, attirant de nombreux volontaires désireux de partager leur histoire. Cette initiative s’est transformée en une plateforme permettant aux jeunes d’affirmer leurs différences tout en célébrant la diversité comme une force collective.
Une résonance internationale sur les réseaux sociaux
Le clip est devenu viral, atteignant plus de deux millions de visualisations et récoltant 173 000 « J’aime ». Le message authentique et universel de ces adolescents a conquis un vaste public, notamment grâce au soutien de célébrités comme Romane Bohringer, Marianne James et l’émission La Maison des Maternelles. Cette reconnaissance a conduit à l’obtention d’une mention spéciale du jury lors du concours « Non au harcèlement » (NAH) de l’Académie de Bordeaux.
Caroline Goullard souligne l’impact émotionnel considérable lors de la première projection au collège. Sur Ici, elle confie : « L’émotion était palpable, vraiment. J’ai vu des larmes couler. Ça donne des frissons, comme ils le disent. »
Briser le cercle de la moquerie
Bien qu’aucun des 21 participants au clip n’ait directement subi de harcèlement, la majorité d’entre eux révèle avoir été confrontée à des moqueries persistantes. Ces attaques visent parfois des caractéristiques évidentes, mais touchent également des aspects plus subtils de leur personnalité. Caroline Goullard évoque notamment le cas d’Hector, qui, ayant sauté une classe, était régulièrement étiqueté comme « petit intello ». Ces témoignages soulignent que toute différence, quelle que soit sa nature, peut devenir source de jugements et de railleries.
Observez le résultat :
L’objectif initial semble atteint : permettre aux victimes potentielles de se réapproprier leur narrative personnelle. « En réalité, ils embrassent leurs différences. C’est précisément l’essence de ce clip. Permettre à ces élèves qui perçoivent leur différence de la valoriser. », explique l’assistante pédagogique.
Et après ?
Cette initiative soulève des interrogations quant aux ressources nécessaires pour soutenir de tels projets. Caroline Goullard, coordinatrice principale du projet, fait partie d’un programme d’assistants pédagogiques numériques mis en place dans les Landes. Néanmoins, ces postes, financés conjointement par le rectorat et le Département, risquent de disparaître face aux contraintes budgétaires.
Alors que la lutte contre le harcèlement scolaire constitue une priorité nationale, l’enjeu majeur reste d’assurer la continuité de ces initiatives créatives et pédagogiques, dont l’impact sur les individus et les communautés est significatif.
Cette création vidéo, conçue par des collégiens pour leurs pairs, trouve un écho bien au-delà de leur établissement. Elle illustre une vérité universelle : notre singularité est notre plus grande force.