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Réussir n’autorise pas à planer au-dessus des autres

Il y a quelque chose de fascinant dans notre époque : plus quelqu’un réussit, plus il semble parfois perdre le sens de la gravité. Comme si la création d’une entreprise, la signature de quelques contrats ou une croissance à deux chiffres suffisaient à transformer un être humain en super-héros moderne.

Le costume n’est pas toujours rouge et bleu, bien sûr. Il est souvent taillé sur mesure, accompagné d’un discours bien rodé : “ Je dois tout à mon travail. Je me suis fait tout seul. “

Vraiment tout seul ?

Cette fable du self-made man – ou woman – a la vie dure. Elle flatte l’ego et rassure ceux qui veulent croire que le monde est parfaitement méritocratique. Travaille dur, et tout ira bien. Si tu échoues, c’est probablement que tu n’as pas assez essayé.

La réalité est un peu moins confortable.

Car derrière chaque réussite, il y a presque toujours une part de hasard. La bonne idée au bon moment. La rencontre décisive autour d’un café. Le mentor qui recommande votre nom. L’associé qui vous évite une erreur fatale. Les parents qui peuvent soutenir financièrement. Ou, parfois, simplement le fait d’être né dans un environnement où entreprendre n’est pas un saut dans le vide.

On appelle cela la chance. Un mot que beaucoup de “ grands gagnants “ prononcent rarement — sans doute parce qu’il fissure le mythe de la toute-puissance personnelle.

Qu’on se comprenne bien : le travail, le talent et la persévérance comptent. Énormément. Mais croire que la réussite ne dépend que de soi relève davantage du conte pour entrepreneurs pressés que de l’analyse lucide.

Le problème n’est pas de réussir. Le problème commence lorsque la réussite donne le vertige – au point d’oublier l’échelle par laquelle on est monté.

Car enfin, personne ne bâtit quoi que ce soit seul. Une entreprise est un écosystème. Un projet est une chaîne de solidarités. Même les parcours les plus brillants reposent sur une addition de coups de pouce, visibles ou invisibles.

Reconnaître cela n’enlève rien au mérite. Cela évite simplement de devenir insupportable.

Car il faut bien le dire : certains succès s’accompagnent d’une étrange amnésie. Une fois arrivés, voilà des dirigeants expliquant aux autres qu’il suffit de “ vouloir “. Que tout est une question d’” état d’esprit “. Sous-entendu : si vous n’y arrivez pas, vous en êtes probablement responsable.

C’est un peu court. Et surtout, profondément injuste.

Tous les départs ne se valent pas. Certains naissent avec un carnet d’adresses, d’autres avec des obstacles. Certains évoluent dans des milieux où l’on parle business à table ; d’autres doivent déjà apprendre à franchir des barrières invisibles.

La vie n’est pas un 100 mètres où chacun attend le coup de pistolet sur la même ligne.

Alors non, ceux qui ne “ réussissent “ pas ne sont pas des perdants. Ils sont parfois simplement ailleurs. Dans un environnement moins porteur. Dans un secteur moins valorisé. Ou sur un chemin qui demande plus de temps.

Et puis, réussir quoi exactement ? Gagner plus ? Grandir plus vite ? Être plus visible ? À force de réduire la réussite à une performance économique, nous oublions qu’une société tient aussi debout grâce à celles et ceux qui ne feront jamais la une des magazines.

La vraie élégance du succès, finalement, se mesure peut-être à une chose très simple : la capacité à ne pas regarder les autres de haut.

Car si la réussite dépend en partie de la solidarité reçue, elle devrait logiquement engendrer une solidarité offerte.

Attention : aider ne signifie pas assister. Il ne s’agit pas de faire à la place des autres, ni de distribuer des béquilles permanentes. Mais tendre la main, ouvrir une porte, partager un réseau, recommander un talent – voilà des gestes qui ne coûtent pas grand-chose à ceux qui sont installés, et qui peuvent tout changer pour ceux qui démarrent.

Une société mature n’est pas celle où quelques-uns paradent pendant que les autres regardent passer le cortège. C’est celle où la réussite circule, où l’expérience se transmet, où l’ascenseur – social, professionnel, humain – ne reste pas bloqué aux derniers étages.

Au fond, il faudrait peut-être se méfier des réussites trop solitaires. Elles ressemblent souvent à des mirages.

Car la réussite la plus impressionnante n’est pas celle qui écrase – c’est celle qui élève. Celle qui reste accessible. Celle qui se souvient. Celle qui comprend que l’on n’avance jamais durablement sans les autres.

Alors oui, réussissez. Ambitionnez. Osez. Construisez.

Mais une fois en haut, évitez peut-être de croire que vous avez poussé la montagne tout seul.

Regardez autour de vous.

Et posez-vous cette question toute simple : qui vous a aidé à grimper… et à qui, maintenant, pourriez-vous servir d’appui ?

Parce qu’au bout du compte, la réussite n’est pas un superpouvoir.

C’est une responsabilité.

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