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La colocation attire également des personnes au-delà des étudiants à 30, 40, 50 ou 60 ans

Depuis longtemps liée à la vie des étudiants, la colocation séduit de plus en plus de travailleurs. Ce choix reflète une recherche de relations sociales et une redéfinition des aspects de la vie en communauté.

Conflits liés à la vaisselle non lavée, absence d’intimité, concessions sur les routines quotidiennes… Après la période universitaire, vivre en colocation peut sembler contraignant, voire un retour en arrière. Néanmoins, d’après le baromètre de l’agence de gestion locative Oqoro, publié en juillet 2025, 43 % des personnes cherchant une colocation sont des professionnels, « souvent au début de leur carrière ».

La tendance se confirme sur La Carte des colocs, le principal site pour la recherche de colocation destiné aux étudiants et jeunes professionnels en France. « En l’espace de six ans, la proportion des utilisateurs de plus de 35 ans a augmenté de 10% sur la plateforme, atteignant presque un utilisateur sur cinq », déclare Thibaut Ehrhart, l’un des cofondateurs du site. L’âge moyen est passé de 26 ans en 2016 à plus de 29 ans aujourd’hui. Pour l’entrepreneur, cette évolution ne s’explique pas uniquement par des raisons financières. « Nous constatons une véritable recherche de lien social. Souvent, les individus ont établi des amitiés avec leurs anciens colocataires et désirent revivre cette expérience.»

Créer des connexions sociales

Un témoignage partagé par Marie-Renee, qui est à la retraite depuis quelques années. En 2010, elle a reçu son premier colocataire dans son appartement situé dans le canton du Valais, en Suisse. « Ma première expérience de colocation s’est produite presque par hasard, confie-t-elle. Mon voisin, qui était alors doctorant, m’a parlé d’un étudiant éthiopien, Mulu, en échange Erasmus dans la région et à la recherche d’un logement.»

À cette époque, elle vivait seule avec son fils depuis le décès de son époux et a décidé de louer une chambre. « Mulu avait une alimentation plutôt déséquilibrée et se nourrissait surtout de nouilles instantanées, raconte la septuagénaire avec humour. Je l’invitais fréquemment à dîner.» Au fil des mois, une belle amitié s’est développée : ils ont exploré Bâle, Fribourg, ainsi que Stresa (située sur les rives du lac Majeur, en Italie). Cette première expérience réussie de cohabitation a conduit à l’accueil de nombreux autres, principalement des étudiants. « Sur le plan humain, cela m’apporte énormément, souligne Marie-Renée. J’avais appris à vivre avec la solitude, mais côtoyer des jeunes tous les jours, cela me redonne de l’énergie.»

Mathieu, 40 ans, exerce le métier d’architecte.

Mathieu est également un passionné de la vie en communauté. Sa première expérience de colocation a eu lieu durant sa troisième année de licence. Depuis ce temps, cet architecte âgé de 40 ans a vécu avec « environ vingt personnes» dans divers appartements situés à Paris. « Je perçois la colocation comme un bouclier contre la solitude, surtout à Paris, qui demeure une ville plutôt individualiste.»

Il réside actuellement dans le XIIe arrondissement, aux côtés de deux trentenaires qui sont devenus « de véritables amis ». Son besoin de « lien social » a influencé sa décision, bien avant toute considération financière. « Et aussi le partage des tâches ménagères », ajoute-t-il en riant. Néanmoins, il admet que son entourage lui pose souvent des questions sur la date à laquelle prendra fin cette « vie d’étudiant ». Pas tout de suite, selon ses propres mots.

L’habitat participatif, un « compromis parfait »

Anouk a trouvé son équilibre au sein d’un habitat participatif situé dans l’agglomération de Grenoble, en Isère. Après plusieurs années de colocation, cette artiste de cirque âgée de 32 ans a intégré, en 2024, un habitat en HLM géré par l’association Les Naifs. Elle décrit cet endroit comme « un compromis idéal où j’ai mon propre espace, sans me sentir isolée ». Elle revient tout juste d’un « réveil en forêt » organisé avec quelques voisines pour profiter du lever du soleil autour d’une tasse de thé. Dans ce grand bâtiment en forme de U, qui comprend treize appartements et un studio où réside Anouk, les habitants partagent l’aile gauche, où se trouvent une salle de jeux, un garage à vélos et une vaste pièce commune avec cuisine.

Les habitants se rassemblent plusieurs fois par semaine « pour partager un repas, jouer à des jeux de société, regarder un film ou pratiquer le yoga le matin, » souligne l’intermittente du spectacle. « Nous pouvons accueillir jusqu’à soixante personnes, invités compris. » Ce lieu de vie, qui a célébré son quarantième anniversaire en 2025, reste multigénérationnel : quatre appartements sont occupés par des retraités présents depuis le début, accompagnés de huit familles. Anouk apprécie particulièrement la solidarité qui règne entre les résidents. « L’un de mes voisins est très malade. Nous l’appelons dès que nous organisons un repas. Nous essayons de l’encadrer du mieux possible. »

Le «coliving» en pleine expansion

En France, le concept de «coliving» est en plein essor. Ce terme anglophone fait référence à un modèle de colocations entièrement meublées, offrant de nombreuses chambres, souvent équipées de salles de bains privées. Les espaces communs incluent généralement une grande cuisine, un salon, et parfois des installations comme une salle de sport, un jardin, un espace de coworking ou une salle de cinéma. Au début de l’année 2025, l’Institut Paris Region, une agence d’urbanisme de la région Île-de-France, a identifié dix-huit résidences comptant plus de cinquante chambres en Île-de-France (environ 7.500 lits) et de nombreux projets similaires en développement.

Les propositions de « coliving » ont considérablement augmenté ces dernières années, soutenues par un modèle économique séduisant. À Paris intra-muros, le loyer moyen d’une chambre se situe entre 1.000 et 1.200 euros par mois, permettant aux entreprises de réaliser des bénéfices grâce aux services offerts : gaz, électricité, ménage, connexion wi-fi ou assurances. Le principal public visé reste constitué de jeunes professionnels célibataires.

Initiatives pour promouvoir la solidarité

Contrairement à cette logique commerciale, certains organismes favorisent une approche solidaire concernant la colocation. Fondée en 2023, l’association Pause toit offre des logements partagés destinés aux parents en cours de séparation. Plusieurs adultes vivent ensemble avec leurs enfants dans un loft situé dans le XXe arrondissement de Paris, pour une durée maximale de dix-huit mois, à un loyer inférieur à celui du marché.

« Près de 40 % des familles que nous avons accueillies adhèrent à ce modèle et souhaitent le continuer, » souligne Valérie Dagut, fondatrice de Pause toit. « Leur besoin principal est l’entraide. Les adultes vivent des situations similaires, souvent marquées par des séparations difficiles. Ici, ils se sentent écoutés et ne sont pas isolés avec leurs enfants. » Pour ces familles monoparentales, la difficulté à trouver un logement abordable et adapté – avec une chambre pour chaque parent et chaque enfant – rend souvent compliquée la poursuite de cette expérience après leur départ. « À Paris, les loyers restent exorbitants. Ce modèle est plus facilement réalisable en milieu rural, »_ conclut Valérie Dagut.

La cohabitation intergénérationnelle représente une autre forme d’habitat partagé axée sur la solidarité. Depuis 2018, la loi Elan permet aux individus âgés de 60 ans et plus de louer une partie de leur domicile à des jeunes de moins de 30 ans, dans le cadre d’un contrat de cohabitation intergénérationnelle solidaire. Les objectifs sont triples : renforcer les liens sociaux, combattre l’isolement des personnes âgées et faciliter l’accès au logement pour les jeunes. En échange d’un loyer modéré, ces derniers fournissent de petits services (ménage, courses, moments de partage).

«Je la voyais comme une seconde mère»

Elvina, une étudiante en psychologie âgée de 27 ans, a cohabité pendant trois ans avec Anna, une jeune retraitée vivant à Lyon. « J’avais une réduction de 100 euros sur mon loyer, et en échange, je m’occupais du ménage chaque semaine. » Elle garde un souvenir très positif de cette expérience de vie commune, qui s’est terminée en 2024 à cause du déménagement de sa logeuse. « Nous étions très proches. Je lui confiais beaucoup de choses et je la voyais comme une seconde mère, une adulte sur qui je pouvais vraiment compter. » Anna lui a présenté ses enfants ainsi que son partenaire. Dans leur quotidien, elles profitaient « de soirées séries » ensemble dans le salon ou de repas en tête-à-tête.

Que ce soit par le biais de la colocation, de l’habitat participatif ou de la cohabitation entre générations, tous les individus rencontrés encouragent ce mode de vie collectif. Des relations solides se développent. Marie-Renée reçoit toujours des nouvelles de certains de ses anciens colocataires et garde le « grigri » que Mulu lui a offert. Anouk, pour sa part, considère maintenant les autres résidents « un peu comme sa famille ». Pour Thibaut Ehrhart, cofondateur de La Carte des colocs, la croissance de la colocation parmi les personnes actives concerne principalement les célibataires « en quête de liens communautaires ». Il s’agit d’un style de vie qui s’inscrit dans une recherche de sociabilité et d’ancrage collectif.

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