À l’extrémité de Penny Lane, à Liverpool, là où Smithdown Road et Allerton Road se rejoignent, une silhouette familière semble observer le va-et-vient du quotidien. Lunettes rondes, posture tranquille, regard tourné vers l’horizon : John Lennon est de retour dans sa ville natale. Non pas sous la forme d’une icône figée ou triomphante, mais à travers une statue de bronze chargée de sens, intitulée John Lennon Peace Statue. Une œuvre contemporaine, profondément politique et résolument humaine.
Une statue née d’un engagement personnel
La statue est l’œuvre de la sculptrice britannique Laura Lian, qui en a intégralement financé la création. Fondue par la réputée Castle Foundry, la sculpture a été dévoilée pour la première fois en 2018, lors du festival de Glastonbury, avant d’entamer un véritable parcours itinérant. Londres, Amsterdam, Liverpool… À chaque étape, la statue ne se contente pas d’occuper l’espace public : elle interroge, rassemble et invite à la réflexion. « J’aimerais que la statue travaille pour la communauté, qu’elle aide à faire émerger un message positif de paix dans le monde et dans les lieux où elle voyage », explique Laura Lian. Une démarche rare à l’heure des monuments institutionnels, ici portée par une artiste qui revendique un geste personnel et citoyen.
Laura Lian et John Lennon : aucun lien familial
Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, Laura Lian n’avait aucun lien de parenté avec John Lennon. La sculptrice britannique n’est ni membre de la famille Lennon, ni associée officiellement à ses ayants droit. Son lien avec John Lennon est artistique et symbolique : adolescente, elle a été profondément marquée par le message de paix porté par John Lennon et Yoko Ono, notamment à travers la chanson Imagine et leurs engagements pacifistes. La John Lennon Peace Statue est ainsi une initiative personnelle, entièrement financée par l’artiste, conçue comme un acte citoyen destiné à prolonger et transmettre un message universel de paix.
Un John Lennon des années 1970, volontairement choisi
Le choix de la représentation n’est pas anodin. Laura Lian a opté pour un John Lennon des années 1970, celui de la période post-Beatles, engagé, militant, parfois controversé. Un Lennon que l’on associe moins spontanément à Liverpool, puisqu’il vivait alors principalement aux États-Unis, notamment à New York. Et pourtant, dans l’imaginaire collectif, c’est souvent cette image qui s’impose : celle de l’artiste pacifiste, de l’homme qui chante Imagine, qui manifeste contre la guerre du Vietnam aux côtés de Yoko Ono, qui transforme sa notoriété en tribune pour la paix. Ce choix esthétique et symbolique rappelle que John Lennon n’est pas seulement un enfant de Liverpool ou un ex-Beatle glorieux, mais une figure universelle, dont le message dépasse largement les frontières géographiques.
Penny Lane, un lieu plus lennonien qu’il n’y paraît
Si Penny Lane est généralement associée à Paul McCartney, John Lennon entretient lui aussi un lien fort avec ce quartier. Il a vécu pendant cinq ans au 9 Newcastle Road, non loin de là. Installer la statue à cet endroit n’est donc pas une simple facilité touristique, mais une manière de réinscrire Lennon dans la géographie intime de la ville. La statue se trouve précisément à la fin de Penny Lane, comme un point de jonction entre mémoire musicale et présent urbain. Un lieu de passage, plutôt qu’un piédestal sacralisé.
Le symbole de la paix et l’héritage de Imagine
Sur la statue figure le sigle de la paix, associé au mot Imagine. Une référence directe à la chanson emblématique de 1971, devenue au fil des décennies un hymne mondial à la fraternité, à l’utopie et à la désobéissance douce face à la violence du monde.
Pour Laura Lian, ce symbole reste cruellement actuel :
« J’ai été inspirée par le message de paix de John et Yoko quand j’étais adolescente. Le fait que nous soyons toujours en guerre montre à quel point il est encore nécessaire de diffuser ce message et de se concentrer sur la gentillesse et l’amour. Il est si facile de désespérer face à ce qui se passe dans le monde. La guerre nous affecte tous. »
Et de conclure, avec une simplicité désarmante :
« Nous sommes tous responsables de la recherche de la paix dans le monde. Nous devons tous faire notre part. Ceci est ma part. »
Une statue… malgré Lennon lui-même
L’histoire contient une pointe d’ironie. John Lennon se moquait volontiers des statues, notamment à New York, où il plaisantait sur le fait que les pigeons finissaient toujours par leur “chier dessus”. Une raison pour laquelle Yoko Ono, après son assassinat en 1980, avait préféré faire ériger le mémorial Strawberry Fields à Central Park – une mosaïque au sol, ouverte, vivante – plutôt qu’une statue classique. Laura Lian ne nie pas cette contradiction. Mais sa sculpture évite précisément l’écueil du monument autoritaire. Ici, John Lennon n’est pas juché sur un socle monumental : il est à hauteur d’homme, accessible, presque vulnérable. Une présence plus qu’une glorification.
John Lennon, toujours nécessaire
Rappeler qui était John Lennon, c’est rappeler qu’il fut à la fois un génie musical, un provocateur, un rêveur et un militant. Cofondateur des Beatles, groupe qui a révolutionné la musique populaire, il a ensuite utilisé sa célébrité pour défendre des causes pacifistes, parfois au prix de la surveillance du FBI et de l’exil. Plus de quarante ans après sa mort, son message reste d’une brûlante actualité. Dans un monde fragmenté par les conflits, les replis identitaires et les peurs collectives, la John Lennon Peace Statue agit comme un rappel silencieux mais tenace : imaginer un autre monde n’est pas une naïveté, mais un acte de résistance.
À Penny Lane, John Lennon ne chante plus. Mais il est toujours là. Et il continue, immobile mais déterminé, à nous poser la même question : et si on essayait vraiment la paix ?

