La vie d’Alexandra David-Néel

Alexandra David-Néel n’était pas seulement une exploratrice ; c’était une force de la nature, une intellectuelle rebelle et une pionnière qui a vécu jusqu’à 101 ans.
Voici les grandes étapes de sa vie hors du commun :
1. Une jeunesse insoumise
(1868 – 1904)
Née à Paris, elle manifeste très tôt un besoin d’indépendance absolu.
Fugues : Adolescente, elle s’enfuit plusieurs fois de chez elle, voyageant seule jusqu’en Belgique ou en Angleterre.
Chanteuse d’opéra : Avant d’être exploratrice, elle fut une soprano reconnue (sous le nom d’Alexandra Myrial) et s’est produite jusqu’en Indochine.
Engagement : Elle s’intéresse très vite à l’anarchisme, au féminisme et surtout au bouddhisme, qui devient la boussole de sa vie
2. L’exploit historique
Lhassa (1924)
C’est l’évènement qui la rendra célèbre dans le monde entier.
A une époque où le Tibet est interdit aux étrangers, elle décide de rejoindre la cité sainte de Lhassa.

L’incognito
Accompagnée d’Aphur Yongden (son fils adoptif tibétain), elle se déguise en mendiante pèlerine.
La ruse
Elle noircit son visage avec de la suie, porte des extensions de cheveux en laine de yak et cache son matériel d’écriture sous ses haillons.
La réussite
En 1924, à 55 ans, elle est la première femme européenne à entrer dans Lhassa. Elle y restera deux mois sans être démasquée.
3. Une vie de savoir et d’écriture
Alexandra ne s’est pas contentée de voyager ; elle a passé des décennies à étudier les philosophies orientales.
Spiritualité
Elle a vécu plusieurs années en ermite dans une grotte à 4000 mètres d’altitude pour méditer.
Littérature
Elle a écrit plus de 30 livres, dont le célèbre Voyage d’une Parisienne à Lhassa.
Reconnaissance
Elle fut décorée de la Légion d’honneur et a reçu la médaille d’or de la Société de Géographie.
4. La fin de vie a Digne-les-Bains
Elle finit ses jours en Provence, dans sa maison qu’elle nomme Samten Dzong (« Forteresse de la médiation »).
Même centenaire, elle demandait encore le renouvellement de son passeport, affirmant qu’elle avait encore des choses à voir.
Elle s’éteint en 1969, à l’âge de 100 ans et 10 mois.
Ses cendres furent immergées dans le Gange, en Inde, selon ses vœux.
« La vie, c’est le mouvement. » – C’était sa devise, et elle l’a appliquée jusqu’au bout.
Voici 3 ouvrages incontournables
qui permettent de découvrir ses différentes facettes : l’aventurière, la conteuse et la mystique.
1. Le plus captivant : voyage d’une Parisienne à Lhassa
C’est le livre par lequel il faut commencer.
C’est le récit direct de son expédition de 1924.
L’histoire : Comment, à 55 ans, elle traverse l’Himalaya à pied, déguisée en mendiante, pour entrer dans la cité interdite.
Pourquoi le lire : on y découvre son humour, son courage incroyable et ses ruses pour tromper les autorités.
Ça se lit comme un véritable roman d’espionnage et d’aventure.
2. Le plus mystérieux : Mystiques et magiciens du Tibet
Si vous êtes curieux de comprendre ce qu’elle a vu et appris auprès des lamas, c’est celui-ci qu’il vous faut.
Le contenu : elle y décrit des phénomènes étranges dont elle a été témoin : les moines qui courent à une vitesse surhumaine (ung-gom-pa), la création de chaleur corporelle par la pensée (tumo), ou encore la création de formes mentales (tulpas).
Pourquoi le lire : c’est un pont fascinant entre l’observation rationnelle (elle reste très sceptique et scientifique) et le surnaturel tibétain.
3. Le plus intime : Journal de voyage (Tomes 1 et 2)
Pour ceux qui veulent découvrir la « vraie » Alexandra, sans le filtre de la publication officielle.
Le contenu : ce sont ses carnets personnels et ses lettres envoyées à son mari, Philippe Néel.
Pourquoi le lire : on y découvre une femme parfois fragile, fatiguée par le froid et la faim, mais dotée d’une volonté de fer.
C’est le portrait psychologique d’une femme qui a sacrifié sa vie de famille pour sa liberté.
Si vous preferez les images, il existe une excellente bande dessinée intitulée Une vie avec Alexandra David-Néel (par Frédéric Campoy et Mathieu Blanchot).
Elle raconte sa vie à travers les yeux de sa dernière dame de compagnie.
C’est une superbe porte d’entrée visuelle.
Si vous passez un jour par le sud de la France, vous pouvez visiter sa maison, « Samten Dzong », à Digne-les-Bains.
C’est un petit bout de Tibet au milieu des Alpes-de-Haute-Provence !
Sylvie Lefebvre
