Il y a une dizaine d’années, Diane Dupré La Tour se retrouve coupée du monde. Ce qui la ramène dehors, ce n’est pas un discours. Ce sont des plats déposés chaque semaine sur son palier par des voisins.
On ne lui apportait pas seulement à manger. On lui disait, sans le dire : tu es encore là.
Avec Étienne Thouvenot, elle en a fait Les Petites Cantines. Un réseau associatif de cantines de quartier, à prix libre, où l’on cuisine et l’on mange avec des inconnus. Première ouverture à Vaise, Lyon 9e, en septembre 2016. Aujourd’hui : 22 cantines, 7 projets.
Une table de quartier, pas une soupe populaire
Diane était journaliste économique. Étienne était ingénieur, responsable innovation chez SEB. Ils se rencontrent en 2015, autour d’un atelier Ticket for Change. L’association naît en juillet. Premier stand place Valmy, à Lyon. Ce sont les habitants qui soufflent le prix libre, puis l’idée de cuisiner ensemble.
Trois règles :
- On participe. On peut juste manger. On peut aussi éplucher et faire la vaisselle.
- Bio, local, souvent des invendus. Peu de viande.
- Chacun paie ce qu’il peut. Personne ne contrôle le portefeuille.
Un salarié tient le lieu : hygiène, courses, ambiance. Le reste, c’est le quartier. Environ 30 couverts, une dizaine de places en cuisine, 5 à 8 services par semaine. Il faut adhérer pour entrer.
Diane le dit sans détour : ce n’est pas le métier du Secours populaire. Ici, on vise la solitude. Un Français sur trois est en situation de fragilité relationnelle, selon la Fondation de France. C’est ce chiffre-là.
Ce que ça donne
Siège à Lyon. Cantines de Vaise à Bordeaux, de Paris à Bruz. Chiffres du réseau : près de 200 000 repas, plus de 19 000 adhérents, 38 emplois.
Mesure d’impact 2023 (auto-évaluation) : 97,5 % se sentent accueillis tels quels. 88 % font confiance aux autres à table. Plus d’un sur deux dit avoir changé sa façon de manger.
Chaque cantine est une association autonome. Pas de franchise. On entre à deux porteurs minimum. L’unité, c’est une charte ADN écrite en 2020.
Trois leçons pour une asso
- Le prix libre force la confiance. Il évite de trier les gens à l’entrée.
- Il faut un salarié. Le bénévolat seul ne porte pas l’hygiène ni l’accueil.
- On n’essaimage pas en copiant le local. On transmet un ADN. Le reste s’adapte à la rue.
Diane a publié Comme à la maison (Actes Sud, 2024). Elle résume : la confiance est un muscle. Moins on s’en sert, plus elle s’atrophie.
Site : lespetitescantines.org. Pour pousser la porte, une adhésion suffit.
D’après les sources du réseau, une interview Millenaire 3 (2022) et un entretien Fondation de France (2024). Pas une interview originale Jimagine.
