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Stratégie nationale ESS 2030 : ce que ça change vraiment pour une asso de quartier

Le 9 juillet 2026, la France s’est dotée de sa première stratégie nationale pour l’économie sociale et solidaire. Cinq axes. 108 actions. Horizon 2030.

Le vote, lui, tient en une ligne. Huit voix pour, celles de l’État. Quarante-deux abstentions : réseaux ESS, collectivités, partenaires sociaux. Le document existe. Les gens censés le porter n’ont pas levé la main.

Si tu tiens une association de quartier, tu n’as pas à lire les 108 actions. Tu as à savoir trois choses : ce qui est voté, ce qui n’est pas financé, et ce que tu peux utiliser lundi matin face à un élu.

Ce qui est vraiment voté

Le Trésor l’a publié le 16 juillet. Serge Papin est ministre chargé de l’ESS. La DG Trésor pilote. Le texte répond à une recommandation du Conseil de l’Union européenne de 2023. Il arrive en retard. Il devait être bouclé fin 2025.

L’ESS, c’est 13,7 % de l’emploi privé. Associations, coopératives, mutuelles, fondations, entreprises sociales. L’objectif 2030 : 15 %. Ça fait 1,3 point. Pas une révolution. Un palier.

Les cinq axes, en français :

  1. Mieux piloter l’ESS (interministériel et territoires, CRESS, PTCE, tiers-lieux).

  2. Faciliter l’argent (agrément ESUS, finance solidaire, Banque des Territoires, Bpifrance).

  3. Brancher l’ESS sur les transitions (circulaire, alimentation, tourisme social, culture).

  4. Faire connaître l’ESS en France.

  5. La porter à l’international.

Derrière : 28 orientations, 10 indicateurs, un suivi annuel au CSESS avec les Régions, une clause de revoyure en 2030. Un comité interministériel est annoncé. Des conventions avec la Caisse des Dépôts et Bpifrance aussi.

Deux autres cibles chiffrées : 3 500 structures agréées ESUS d’ici 2030 (contre 2 896 aujourd’hui), et 1,5 milliard d’euros d’épargne collectée par les entreprises solidaires. Carenews relève aussi l’ambition de multiplier par dix les dons via le Livret de développement durable et solidaire.

Concertation : 70 consultations nationales, 18 régionales, environ 2 000 contributions en ligne. Le texte a été repris par Maxime Baduel, délégué ministériel, après une première version jugée trop plate. Le contenu a bougé. La confiance, non.

Ce qui n’est pas financé

La stratégie ne crée pas de budget. L’« orange budgétaire » promis, c’est un document de suivi. Ça range les crédits déjà éparpillés dans une centaine de programmes. Ça n’en ajoute pas.

Le cabinet de Serge Papin a dit à la Banque des Territoires que l’abstention venait du climat budgétaire, pas du texte. Les acteurs, eux, parlent d’une dissonance entre les paroles et les actes. ESS France, avec 14 organisations dont Régions de France, l’AMF et le RTES, l’a écrit noir sur blanc le jour du vote.

Les faits autour du vote, pas les slogans :

  • En juin 2026, une coupe de 4 millions d’euros sur les crédits ESS. Puis un recul, sous pression. Puis de nouvelles restrictions début juillet, trois jours avant le CSESS.

  • Fin de l’exonération de taxe d’apprentissage pour les organisations non lucratives.

  • Dissolution du GIP France Tiers-Lieux, alors que l’axe 1 parle de soutenir les tiers-lieux. Les crédits dédiés ont chuté de plus de 90 % en deux ans, selon les réseaux.

  • Pas de plancher budgétaire pluriannuel. Pas de garantie pour les CRESS, le DLA, les têtes de réseau.

  • La taxe sur les salaires, réforme demandée depuis des années par les assos, n’est pas dans les 108 actions.

Benoît Hamon (ESS France) a résumé : on ne cultive pas un jardin sans eau. On peut débattre du ton. On ne peut pas débattre du vote.

Les associations, c’est l’essentiel des structures de l’ESS. Elles sont le parent pauvre du texte. L’argent et les outils visent surtout les entreprises sociales qui lèvent de la finance solidaire. Une épicerie de quartier, un atelier vélo, un centre social, ça n’entre pas dans ça par magie.

L’agrément ESUS, le seul levier concret

ESUS, ça veut dire entreprise solidaire d’utilité sociale. Loi de 2014. Délivré par la DREETS. Une asso peut le demander. Ce n’est pas réservé aux SCOP.

Ce que ça ouvre, d’après l’Avise : un accès plus simple à la finance solidaire, une étiquette lisible pour un partenaire public ou un financeur, une reconnaissance du modèle. Ce que ça n’ouvre pas : une subvention automatique, un salarié, un local.

La stratégie veut passer de 2 896 à 3 500 agréments. Ça veut dire que l’État pousse le tuyau. Si tu as un vrai projet d’utilité sociale, des statuts propres, et que tu vises un fonds solidaire, un investisseur 90/10 ou un appel à projets qui exige l’agrément, ça vaut le dossier. Si tu vises juste à tenir l’atelier du samedi, ça peut attendre.

La demande se fait par le représentant légal, auprès de la DREETS. Statuts, objet social, rémunérations encadrées. Pas un mémoire de 80 pages. Un dossier administratif. Fais-toi accompagner par ta CRESS ou un DLA si tu n’as jamais vu le formulaire.

L’épargne solidaire à 1,5 milliard, c’est le même tuyau vu de l’autre côté. L’argent des livrets et des fonds 90/10 doit atterrir quelque part. Il atterrit surtout dans des structures assez solides pour l’absorber. Une asso de trois bénévoles n’est pas ça. Une SCIC, une entreprise d’insertion, une épicerie qui facture, parfois si.

Parler à un élu avec ces chiffres

Municipales 2026. Les kits arrivent (on y reviendra). En attendant, tu n’as pas besoin d’un PowerPoint « ESS 2030 ». Tu as besoin de trois phrases qui tiennent.

Une : l’ESS, c’est 13,7 % de l’emploi privé. L’État vise 15 %. Dans cette commune, ça veut dire des emplois qui ne déménagent pas. Demande à l’élu s’il a une carte des assos, des coopératives, des insertionnistes du coin. Souvent non.

Deux : la commande publique. La stratégie parle d’achats responsables. Un marché de la ville (restauration, espaces verts, réemploi, animation) peut porter une clause d’insertion ou un lot réservé. Ça ne coûte pas un budget « ESS ». Ça change un cahier des charges. C’est là que tu pousses, pas sur un vœu pieux de comité interministériel.

Trois : le foncier et la subvention. Le texte promet de « sécuriser la subvention » face à la commande publique. Sur le papier. Sur le terrain, beaucoup de villes transforment encore une subvention en marché, et l’asso se retrouve prestataire sous-payée. Cite le document. Demande que la convention pluriannuelle reste une convention, pas un appel d’offres déguisé.

Tu peux aussi coller l’alimentation durable et l’économie circulaire (axe 3) à un projet concret. Une épicerie solidaire, un groupement d’achat, une recyclerie. On a déjà raconté VRAC et les Petites Cantines. Ce n’est pas de la stratégie nationale. C’est du terrain. Les élus comprennent ça plus vite qu’un indicateur CSESS.

Ce qu’une petite asso n’attendra pas de Paris

Un chèque. Un salarié. Un local. Une réforme de la taxe sur les salaires. Un GIP tiers-lieux remis d’aplomb. Un DLA magiquement pérenne.

Attendre 2030 pour ça, c’est perdre quatre ans. La clause de revoyure est en 2030. D’ici là, le suivi annuel au CSESS servira surtout aux têtes de réseau.

Ce que tu peux faire sans attendre :

  1. Vérifier si l’ESUS te sert vraiment (finance solidaire, appel à projets). Sinon, passe.

  2. Écrire à ta CRESS : où en est la stratégie régionale, quel guichet existe déjà. La stratégie nationale doit s’articuler avec les régionales. C’est écrit. Demande la traduction locale.

  3. Préparer trois chiffres de ton asso (emplois, bénéficiaires, budget) pour le prochain élu. La « marque ESS » de l’axe 4, tu t’en fiches. Ton chiffre local, non.

  4. Garder un œil sur la commande publique de ta ville. Un lot, une clause, un local vacant. Plus utile qu’un communiqué sur le rayonnement international.

  5. Raconter ce que tu fais, avec des faits et des prénoms. La visibilité ne vient pas du comité interministériel. On l’a détaillé dans ce guide.

La stratégie existe. Elle dit que l’ESS compte. Elle ne paie pas le loyer. Traite-la comme un argument, pas comme un plan de trésorerie.

Si tu veux qu’on raconte ton initiative plutôt qu’un document de Bercy, inscris-toi sur la plateforme membres. On publie les faits et les gens. Pas les 108 actions.

Devenez adhérent de l’association Jimagine.org : cliquez-ici

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