Un autocollant sur une vitrine peut changer la manière dont une personne est accueillie dans un quartier. C’est le principe du Carillon, le programme phare de La Cloche. L’association met en réseau des commerces et des lieux de proximité qui proposent gratuitement des produits ou des services aux personnes en situation de précarité.
Le sujet n’est pas seulement de donner. Il s’agit aussi de permettre à chacun de pousser une porte sans avoir à se présenter comme un « bénéficiaire ». Un café, une recharge de téléphone ou un accès aux toilettes peuvent sembler anodins. Dans une période de grande précarité, ces services répondent pourtant à des besoins immédiats. Ils créent aussi un premier contact avec le quartier.
Une association née d’un constat simple
Fondée à Paris en 2015, La Cloche est une association loi 1901 à but non lucratif, reconnue d’intérêt général. Sa mission est de lutter contre la grande exclusion en mobilisant les citoyens, avec ou sans domicile. Elle travaille sur deux leviers : le lien social et le regard porté sur les personnes à la rue.
Ce choix est important. La grande exclusion ne se résume pas au manque d’un logement. Elle peut aussi éloigner des services de base, des relations de voisinage et des lieux où l’on se sent simplement attendu. La Cloche cherche donc à agir à l’échelle du quartier, là où les rencontres sont possibles et où les habitudes peuvent évoluer.
Le Carillon, une solidarité visible dans la rue
Les commerces qui participent au Carillon affichent un label reconnaissable. Des pictogrammes indiquent les services proposés. Selon le lieu, il est possible de recharger son téléphone, de boire un verre d’eau, d’utiliser les toilettes, de profiter du Wifi, d’imprimer un document administratif ou de réchauffer un plat.
Certains établissements proposent aussi des cafés ou des repas suspendus. Le principe est connu : un client paie un produit supplémentaire, qui pourra ensuite être consommé par une personne qui en a besoin. D’autres commerces acceptent de garder des affaires ou offrent un espace pour reprendre son souffle.
Le dispositif ne repose pas sur une liste identique partout. Chaque commerce choisit ce qu’il peut réellement proposer. Cette souplesse évite de transformer l’engagement en promesse impossible à tenir. Elle permet aussi d’adapter la solidarité aux réalités du quartier.
Sortir de la logique du don ponctuel
La force du Carillon tient dans sa manière de déplacer la relation. Une personne précaire n’a pas à entrer dans un lieu uniquement pour demander de l’aide. Elle peut être accueillie comme n’importe quel client, avec les mêmes règles de respect et d’attention.
De leur côté, les habitants peuvent soutenir la démarche en consommant dans les commerces engagés. Les commerçants deviennent alors des relais de proximité. Ils ne remplacent pas les travailleurs sociaux et ne règlent pas à eux seuls les situations de rue. Mais ils peuvent offrir un service immédiat, une information, une écoute ou un point de repère.
C’est une limite à rappeler. La solidarité de quartier ne doit pas servir à faire porter aux commerces des responsabilités qui relèvent des pouvoirs publics et des associations spécialisées. Elle fonctionne mieux quand chaque acteur reste à sa place et quand les personnes concernées participent à la construction des actions.
Des chiffres qui montrent l’échelle du réseau
D’après les chiffres 2024 publiés par La Cloche, le réseau comptait 1 350 commerces et lieux solidaires dans 35 villes françaises. Ces lieux ont enregistré 93 366 passages et rendu 26 592 services. Le bilan fait aussi état de 56 994 produits consommés.
Ces données ne disent pas tout. Elles ne mesurent pas toujours la confiance retrouvée, la conversation qui se prolonge ou le commerçant qui apprend à mieux comprendre une situation. Elles montrent néanmoins qu’un réseau de proximité peut prendre une ampleur nationale sans perdre son ancrage local.
Une action qui ne s’arrête pas aux vitrines
La Cloche organise également des activités de lien social entre voisins avec et sans domicile. Ateliers de cuisine, jardinage, théâtre, chorale ou écriture permettent de se rencontrer dans un autre cadre. L’association mène aussi des actions de sensibilisation, avec des formations, des stands et des rencontres autour des réalités de la rue.
À Lyon, l’antenne Auvergne-Rhône-Alpes agit depuis 2018 à Lyon, Villeurbanne et Vaulx-en-Velin. Elle indique réunir plus de 130 commerçants solidaires. Elle propose aussi des activités comme la Cloche Gourmande, la chorale Cloche En’chantée, des ateliers de théâtre et d’écriture, ainsi que le réseau de lieux inclusifs Clochettes.
Ce que les autres quartiers peuvent retenir
Le Carillon n’est pas une recette à copier mécaniquement. C’est plutôt une méthode pour commencer petit, avec les acteurs déjà présents sur place.
- Repérer les besoins concrets. Un accès aux toilettes, de l’eau, une prise électrique ou l’impression d’un document peuvent être plus utiles qu’un grand discours.
- Faire connaître les services. Un label visible et une information claire évitent que l’engagement reste invisible pour les personnes concernées.
- Associer les personnes sans domicile. Elles savent quels obstacles se présentent dans leur quotidien et quelles réponses peuvent fonctionner.
- Fixer un cadre. Le commerce doit savoir ce qu’il propose, à quels horaires et vers qui orienter une demande qui dépasse ses moyens.
- Animer le réseau. Une rencontre entre commerçants, habitants, associations et collectivité aide à maintenir la dynamique dans le temps.
Cette approche rappelle une chose simple : l’inclusion ne se joue pas uniquement dans les lieux spécialisés. Elle se construit aussi dans les espaces ordinaires, une boulangerie, un café, une épicerie ou une médiathèque. À condition de ne pas réduire les personnes à leur situation et de penser la solidarité comme une relation réciproque.
Pour découvrir les actions de La Cloche ou les possibilités d’engagement local, le site de l’association présente ses programmes et ses antennes. Le Carillon montre déjà ce qu’un quartier peut faire quand ses commerces deviennent des portes ouvertes, pas seulement des lieux de consommation.
Sources : La Cloche, présentation de l’association et Le Carillon.
