L’association, active dans 36 villes de France, regroupe 350 entreprises partenaires et offre la possibilité d’héberger une personne sans domicile pendant plusieurs mois, tout en facilitant son processus d’insertion.
/2025/12/21/2860-694828420de4b316736114.jpg)
Grâce aux Bureaux du cœur, Ismaïl, un Somalien de 25 ans, a la possibilité de se loger dans les locaux d’une entreprise parisienne le soir et durant les week-ends.
Quand les entreprises accueillent des sans-abris. Depuis cinq ans, l’association Bureaux du Coeur offre à des individus en réinsertion, accompagnés par des organismes sociaux, la possibilité de passer quelques mois dans des bureaux inoccupés durant la nuit ou le week-end, le temps de trouver un autre logement. Rien qu’en cette année, 500 personnes ont bénéficié de ce type d’hébergement temporaire. L’association a constaté que « 70% du temps, les entreprises restent inoccupées », alors qu’elle estime que « dans le même temps en France, 350 000 personnes dorment à la belle étoile ».
C’est le cas de Sevenstones, une société de conseil financier basée à Paris, dans le 9e arrondissement. En dehors de ses horaires habituels, elle offre un refuge à Ismail, un jeune Somalien de 25 ans vivant dans la précarité. Dans ces bureaux répartis sur trois étages, où une dizaine d’employés travaillent durant la journée, une salle de réunion se transforme, après 19 heures, en chambre pour ce jeune sans-abri. Depuis huit mois, Ismail a également accès à d’autres commodités de l’entreprise : la cuisine, les toilettes et la douche.
Accès de 14 heures quotidiennement et gratuit durant les week-ends
Après avoir passé cinq mois à vivre dans la rue, Ismail a encore du mal à y croire, « c’était vraiment difficile dehors, aujourd’hui je me sens chez moi, c’est plaisant, je suis très heureux ». Cette déclaration fait sourire Leo, analyste financier en charge du projet en interne, « nos bureaux sont vides la nuit et pendant le week-end. Il n’y a personne, et pourtant des gens dorment dehors ». De plus, cette initiative « est très facile à mettre en œuvre », et n’a pas exigé beaucoup d’aménagements pour l’entreprise. Il y avait déjà une cuisine et une douche dans les locaux de Sevenstones, « nous avons installé un petit coin pour dormir avec une banquette et acheté une couverture », précise Leo. Depuis le début de l’année, trois personnes ont trouvé refuge dans les bureaux de l’entreprise Sevenstones.
Des règles s’appliquent à ceux qui sont désignés comme « les invités ». Ils doivent quitter les lieux avant 9h du matin et revenir après 19h. « Cependant, durant le week-end, l’accès est autorisé toute la journée, » précise Leo. Il est également interdit d’accéder à l’étage où se trouvent les bureaux. C’est avant tout « une question de confiance, » ajoute l’analyste financier. « Il n’y a pas de verrou ni de caméra, » et il n’y a jamais eu de problème, souligne-t-il. Actuellement, Ismail travaille 20 heures par semaine dans un fast-food et perçoit moins de 1 000 euros par mois, ce qui ne lui permet pas encore de trouver un logement en région parisienne. Chaque semaine, Leo fait le point avec Ismail sur ses recherches d’emploi et de logement. « Quand il s’agit de préparer son CV, je peux l’aider car j’ai les compétences nécessaires, afin qu’il puisse décrocher un emploi complémentaire pour augmenter ses revenus et ses chances de trouver un logement par la suite. »
Le cas de Leo ne constitue pas une exception. Dans les entreprises engagées dans cette initiative, de nombreux employés s’impliquent personnellement. « Cela restaure le lien social, et c’est extrêmement important, » explique Kinda Garman, la directrice générale de l’association Bureaux du Cœur. « Cependant, le projet des Bureaux du Cœur est uniquement destiné à intervenir sur la stabilisation du logement pendant une période déterminée, » ajoute-t-elle. Cela facilite l’insertion des personnes sans domicile. Elle précise qu’en moyenne, « les invités » demeurent quatre mois et demi.
« À la fin de leur accueil, 80 % des individus pris en charge par les Bureaux du Coeur se retrouvent dans une situation positive et stable : ils obtiennent un logement, que ce soit dans le secteur privé ou social, ou une place en foyer. »
L’accueil se fait pendant » trois mois, avec la possibilité d’un renouvellement une fois, mais dans certaines grandes villes comme Paris, où la tension sur le logement est plus forte, cela peut aller jusqu’à 9 mois, » précise Kinda Garman, la directrice générale de l’association. Bureaux des coeurs est présent dans 40 villes en France et en Europe (incluant Lausanne, Bruxelles, Lisbonne), dont 36 en France avec 350 entreprises partenaires. « Nous constatons une augmentation du nombre d’entreprises qui accueillent, allant des petites structures comme un cabinet de psychologues aux grandes multinationales, » se réjouit Kinda Garman. Elle souligne que devenir hôte ne « représente pas un coût important pour une entreprise »: « Il suffit généralement d’acheter un canapé convertible, facilement trouvable sur des sites de seconde main, et pour le reste, de nombreuses entreprises ont mobilisé leurs employés afin qu’ils puissent fournir un drap inutilisé, une lampe de chevet, etc. »
Kinda Garman admet que ce n’est « pas la première mission des entreprises » d’héberger les sans-abris et de compenser le déficit de places d’hébergement d’urgence. « Cela devrait incomber à l’État, mais en attendant, certaines personnes se trouvent dans une situation précaire, » déclare-t-elle. Les établissements partenaires peuvent bénéficier d’une clause spéciale dans leur contrat d’assurance, les protégeant en cas de problème, sans coût additionnel.
