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Biodiversité des sols : six projets de recherche pour mieux comprendre les pratiques agricoles

Un sol vivant ne se résume pas à une terre que l’on voit sous ses chaussures. C’est un milieu habité par des organismes qui participent à la transformation de la matière organique, au recyclage des nutriments et au maintien de sa structure. Pourtant, sur une parcelle agricole, il n’est pas toujours simple de savoir quelles pratiques soutiennent cette vie, ni comment en mesurer les effets.

Pour mieux répondre à ces questions, l’Office français de la biodiversité (OFB) a lancé en avril 2024 un appel à projets de recherche consacré à la biodiversité et au fonctionnement des sols agricoles. Sur 32 candidatures, six projets ont été retenus. Dotée de 900 000 euros, cette sélection associe recherche, expertise technique et monde agricole. Elle ne livre pas encore un palmarès de méthodes gagnantes. Elle finance surtout des travaux pour produire des connaissances utilisables sur le terrain.

Prairie humide traversée par un cours d’eau, dans un paysage rural français

Pourquoi parler de biodiversité des sols ?

Le sol assure plusieurs fonctions en même temps. Il soutient les cultures, permet l’infiltration et la circulation de l’eau, stocke et transforme de la matière organique, et abrite une diversité d’organismes. Ces fonctions ne dépendent pas d’un seul indicateur. Une terre peut, par exemple, présenter une bonne structure en surface sans que cela suffise à décrire toute sa vie biologique ou sa capacité à fonctionner au fil des saisons.

L’OFB souligne que les sols agricoles sont soumis à des pressions et que les pratiques influencent à la fois leur biodiversité et leurs fonctions. L’enjeu des projets n’est donc pas de désigner une recette valable partout. Il est de comprendre dans quels contextes des pratiques comme la couverture végétale, les apports organiques ou l’évolution du travail du sol peuvent être favorables, et comment suivre les changements.

La question compte pour les agriculteurs, mais aussi pour les habitants. La structure d’un sol influence sa relation à l’eau et sa sensibilité à l’érosion. Les liens sont complexes, et un projet de recherche ne permet pas à lui seul de promettre un effet identique dans toutes les fermes. Il aide plutôt à préciser ce qui peut être observé et comparé.

Six projets, six manières de regarder les sols agricoles

Les projets sélectionnés par l’OFB couvrent plusieurs territoires et systèmes de culture. Certains veulent synthétiser les connaissances disponibles. D’autres construisent des outils de mesure ou rapprochent chercheurs, conseillers et agriculteurs. Voici leurs objectifs, tels qu’ils sont présentés par l’Office.

Tr AS PACA : rassembler les connaissances pour le Sud-Est

Porté par AIR Climat, le projet Tr AS PACA vise à faire la synthèse des recherches et des résultats portant sur les pratiques agroécologiques favorables à la biodiversité et aux fonctions des sols. Le travail est centré sur les enjeux agronomiques et climatiques de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et des territoires voisins. Une synthèse de ce type peut aider à distinguer les résultats déjà établis des questions qui restent ouvertes.

MIFASOLS : rapprocher les expériences des acteurs

Dans le Sud-Est, MIFASOLS réunit le GRAB, FiBL France et Agribio 05. L’objectif est de croiser les expériences de chercheurs, d’expérimentateurs, de pédologues, de conseillers et d’agriculteurs. Le projet doit contribuer à construire une recherche-action autour des besoins de connaissances jugés prioritaires par ces acteurs. Le sujet n’est donc pas seulement de produire des données. Il s’agit aussi de mieux comprendre ce qui aiderait les fermes à faire évoluer leurs pratiques.

PERMEABIOSOL : mieux diagnostiquer le fonctionnement de l’eau

Dans le grand Sud-Ouest, une équipe du CNRS travaille à une méthode simplifiée pour mesurer six variables de sols cultivés en grandes cultures. Le projet part d’un diagnostic de dysfonctionnement hydraulique évoqué pour certains sols agricoles conventionnels. Son objectif est de mieux le vérifier à l’aide de mesures. Ce point est important : un diagnostic préoccupant n’est pas encore un résultat confirmé partout. Le projet cherche justement à construire des outils pour étayer l’observation.

Cours d’eau aux méandres restaurés au milieu d’une prairie et de jeunes arbres

IndiQualSol : relier les indicateurs aux fonctions du sol

Coordonné par l’INRAE avec plusieurs partenaires scientifiques et techniques, IndiQualSol étudie les relations entre des fonctions clés du sol et des indicateurs de qualité biologique. Les chercheurs s’intéressent notamment à la transformation du carbone, au recyclage des nutriments et au maintien de la structure. Le projet cherche aussi à hiérarchiser l’effet de pratiques comme la fertilisation organique, la couverture des sols et les modes de travail du sol, en s’appuyant sur des dispositifs expérimentaux de longue durée.

Ce travail peut aider à mieux interpréter les indicateurs. Une mesure isolée prend peu de sens si l’on ignore le type de sol, la culture et le système de conduite auquel elle se rapporte. Le contexte compte autant que le chiffre.

SYS4SOL : observer les systèmes de culture en Isère

Porté par ISARA avec Solagro et Celesta-lab, SYS4SOL s’intéresse à des systèmes en agriculture de conservation des sols dans le département de l’Isère. Le projet entend mobiliser des données anciennes et nouvelles pour évaluer les effets des systèmes de culture dans plusieurs zones, puis partager les connaissances produites avec les acteurs locaux.

ViVerSol : étudier les couverts végétaux dans les vignobles

En Occitanie, ViVerSol porte sur les vignobles du Tarn et des Pyrénées-Orientales. Le projet associe notamment l’Institut français de la vigne et du vin, des spécialistes des sols et des acteurs de la viticulture biologique. Il étudie les bénéfices de différentes stratégies de gestion des couverts végétaux pour la biodiversité et l’état organique des sols viticoles.

L’ambition est de produire des connaissances opérationnelles et des outils qui aident les viticulteurs à intégrer la composante biologique du sol dans leurs choix. Là encore, l’annonce décrit un objectif de recherche. Elle ne signifie pas que les résultats sont déjà disponibles ou que toutes les stratégies de couverts auront le même effet dans chaque vignoble.

De la pratique à la preuve : ce que les projets cherchent à améliorer

Les six projets montrent une difficulté concrète : une pratique agricole ne peut pas être évaluée uniquement à partir de son nom. Il faut savoir quel problème elle cherche à résoudre, dans quel système elle est mise en œuvre, et quels indicateurs permettent d’en suivre les effets.

Un couvert végétal, par exemple, peut être étudié selon sa composition, sa durée de présence, le sol concerné et la culture qui suit. Une fertilisation organique peut être évaluée au regard de plusieurs fonctions. Une réduction du travail du sol mérite d’être observée dans son contexte. Les réponses ne seront pas forcément les mêmes pour une vigne méditerranéenne, une grande culture du Sud-Ouest ou une parcelle expérimentale en Isère.

Cette approche rejoint le décryptage de l’agriculture régénérative, de ses pratiques et de ses limites : une intention favorable au sol ne suffit pas à démontrer un résultat. Il faut documenter le point de départ, les changements opérés et les effets mesurés.

Une sélection de projets n’est pas encore un bilan écologique

L’OFB indique que 32 candidatures ont été examinées par un groupe réunissant des partenaires de la recherche, du monde agricole et des organismes publics. Six projets ont été retenus avec une enveloppe totale de 900 000 euros. Ce chiffre décrit le soutien accordé à la recherche. Il ne dit pas encore combien de fermes auront changé leurs pratiques, ni quelle amélioration de la biodiversité des sols sera observée.

Pour lire les résultats à venir, plusieurs repères seront utiles : les méthodes employées, les sols et cultures étudiés, la durée des observations, les indicateurs retenus, et la manière dont les connaissances sont partagées avec les agriculteurs. Il faudra également distinguer un résultat observé sur un dispositif de recherche d’une recommandation applicable partout.

La prudence n’enlève rien à l’intérêt de ces travaux. Au contraire. Mieux mesurer permet d’éviter les promesses vagues et d’identifier les pratiques qui fonctionnent dans des conditions précises. Les projets de recherche peuvent aussi donner aux acteurs du terrain des mots et des outils communs pour discuter du sol autrement que comme d’un simple support de production.

Ce que l’on peut retenir

En 2024, l’OFB a choisi six projets consacrés aux liens entre pratiques agricoles, biodiversité et fonctionnement des sols. Ils couvrent des sujets variés : synthèse des connaissances, méthodes de diagnostic, indicateurs biologiques, systèmes de culture en Isère et gestion des couverts dans les vignobles d’Occitanie.

Leur apport attendu est de rendre l’observation plus précise et les connaissances plus utiles aux personnes qui travaillent la terre. Ce n’est pas encore la preuve qu’une pratique donnée améliore toujours un sol. C’est une étape pour mieux comprendre où, comment et avec quels indicateurs les changements peuvent être suivis.

Pour continuer à explorer les initiatives environnementales documentées, retrouvez aussi notre article sur les 28 projets de restauration de la nature financés par Mission Nature en 2026.

Questions fréquentes sur la biodiversité des sols

Qu’est-ce que la biodiversité des sols ?

Elle désigne la diversité des organismes qui vivent dans le sol ou y passent une partie de leur cycle de vie. Ces organismes contribuent à des fonctions comme la transformation de la matière organique, le recyclage des nutriments et la structuration du sol.

Quelles pratiques agricoles sont étudiées pour la biodiversité des sols ?

Les projets soutenus par l’OFB examinent notamment la couverture végétale, la fertilisation organique, le travail du sol et les systèmes de culture. Les effets dépendent du milieu et des pratiques précises. L’objectif est de mieux les mesurer, pas de proposer une recette unique.

Les six projets ont-ils déjà démontré des résultats ?

L’annonce de l’OFB présente les objectifs des projets sélectionnés. Elle ne donne pas un bilan final de leurs effets sur la biodiversité des sols. Il faut donc distinguer les travaux prévus des résultats qui seront publiés ensuite.

Pourquoi mesurer plusieurs indicateurs ?

Parce que les fonctions du sol sont multiples. La structure, le cycle des nutriments, la matière organique et la vie biologique ne se résument pas à une seule mesure. Les indicateurs doivent aussi être interprétés selon le sol, le climat et le système de culture.

Sources : Office français de la biodiversité, sélection des six projets, 20 décembre 2024 ; OFB, présentation de l’appel à projets sur la biodiversité des sols et l’agroécologie.

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