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Expédition SILA : 1 783 kilomètres en kite-ski à travers le Groenland pour faire avancer la science

Traverser le Groenland du sud au nord en totale autonomie, sur près de 1 800 kilomètres, dans des conditions extrêmes où la température ressentie frôle les -58 °C, relève déjà de l’exploit. Mais lorsque cette aventure devient avant tout une mission scientifique au service de la compréhension du climat, elle prend une dimension encore plus exceptionnelle. C’est le pari relevé par l’expédition SILA, menée par IMAQA Expeditions, dont les quatre explorateurs ont atteint Qaanaaq le 18 mai 2026 après plus d’un mois d’efforts. Une aventure humaine, scientifique et climatique qui rappelle que l’exploration moderne n’est plus seulement une quête d’horizons inconnus, mais un outil précieux au service de la recherche.

Une traversée hors normes sur la calotte groenlandaise

Pendant plus de trente jours, quatre explorateurs ont parcouru 1 783 kilomètres en kite-ski, une discipline qui utilise une aile de traction semblable à un cerf-volant pour progresser rapidement lorsque le vent est favorable.

Leur itinéraire les a conduits du sud jusqu’au nord du Groenland, au cœur de la gigantesque calotte glaciaire qui recouvre environ 80 % de l’île. Le tout en totale autonomie, sans assistance extérieure, avec l’ensemble de leur matériel scientifique, leur nourriture et leur équipement transportés durant toute la traversée.

Les conditions météorologiques ont parfois été d’une extrême violence. Les explorateurs ont dû faire face à des vents dépassant les 130 km/h, à des températures ressenties proches de -58 °C, mais également à des épisodes étonnamment doux pour cette période de l’année.

Loin de l’image romantique de l’exploration polaire, le quotidien alternait longues heures de progression, journées d’attente sous la tente lors des tempêtes et nombreuses opérations scientifiques.

Comme le résume Gilles Denis :  » Une expédition polaire n’est jamais une succession d’exploits. C’est avant tout une succession d’adaptations. « 

Une expédition pensée avant tout pour la science

Contrairement aux grandes expéditions d’autrefois, SILA n’avait pas pour objectif de battre un record sportif.

La traversée a été conçue comme une plateforme scientifique mobile, capable de rejoindre des secteurs très rarement visités de la calotte groenlandaise afin d’y récolter des données essentielles.

Quatre grandes institutions internationales étaient partenaires de la mission :

  • le GEUS (Danemark) ;
  • la Japan Meteorological Agency (Japon) ;
  • la Northumbria University (Royaume-Uni) ;
  • la Technical University of Denmark (DTU), avec un matériel fourni par l’Observatoire Royal de Belgique.

Leurs travaux permettront d’améliorer la compréhension du comportement actuel de la calotte groenlandaise, dont la fonte constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs d’élévation du niveau des océans.

Comprendre un géant de glace en pleine mutation

Tout au long du parcours, les explorateurs ont réalisé de nombreuses fosses à neige.

Ces excavations permettent aux scientifiques d’étudier différents paramètres essentiels : La densité de la neige ; sa température ; sa stratification interne et l’accumulation annuelle.

Ces observations servent ensuite à améliorer les modèles numériques utilisés par les climatologues ainsi que l’interprétation des données obtenues par satellite.

L’équipe a également assuré le contrôle de plusieurs stations météorologiques automatiques du réseau PROMICE, indispensables au suivi permanent de l’évolution du Groenland.

D’autres prélèvements de neige de surface permettront d’étudier la composition chimique des précipitations sur l’ensemble de la calotte glaciaire et leurs interactions avec l’atmosphère.

Enfin, grâce à des relevés GNSS de très haute précision, les chercheurs pourront affiner les modèles mesurant les variations d’altitude de la calotte glaciaire et comparer les performances des GPS classiques aux instruments scientifiques.

Pour le glaciologue Baptiste Vandecrux : « Chaque donnée collectée sur le terrain contribue à améliorer notre compréhension de l’évolution actuelle du Groenland. « 

Des observations qui interpellent les chercheurs

Au-delà des mesures prévues, les explorateurs ont été les témoins directs de phénomènes particulièrement remarquables.

L’un des plus surprenants reste la pluie observée au mois d’avril à près de 2 100 mètres d’altitude. Une observation exceptionnelle qui ne suffit évidemment pas, à elle seule, à démontrer une évolution climatique, mais qui rejoint d’autres constats effectués ces dernières années sur le Groenland. Les scientifiques restent prudents, mais cette anomalie s’inscrit dans un contexte global où les épisodes de chaleur deviennent plus fréquents.

Les explorateurs ont également traversé de vastes secteurs de glace bleue, où la neige avait totalement disparu. Ces surfaces spectaculaires apparaissent lorsque la neige est soufflée par le vent ou fond suffisamment pour laisser apparaître la glace ancienne.

Autre découverte importante : la présence répétée de lentilles de glace au sein du manteau neigeux. Ces couches de glace, formées après des épisodes de fonte suivis de regel, modifient profondément les propriétés physiques de la neige et intéressent aujourd’hui particulièrement les chercheurs qui étudient les changements rapides affectant le Groenland.

Enfin, les explorateurs ont constaté une forte variabilité des surfaces rencontrées tout au long de leur progression, illustrant un environnement particulièrement dynamique.

Comme le souligne Ed Luke :  » Certaines observations que nous avons réalisées sur le terrain illustrent à quel point le Groenland est un système vivant, dynamique et en constante évolution. « 

Une aventure humaine avant tout

Si la science constituait la priorité, l’expédition reste aussi une formidable aventure humaine.

L’équipe réunissait quatre spécialistes des régions polaires :

  • Gilles Denis, physicien du climat, explorateur polaire et cofondateur d’IMAQA Expeditions ;
  • Sasha Doyle, guide polaire spécialisée dans les opérations scientifiques en Antarctique pour le British Antarctic Survey ;
  • Ed Luke, spécialiste des environnements extrêmes et des opérations logistiques polaires ;
  • le Dr Wilson (Wai-Yin) Cheung, chercheur reconnu pour ses nombreuses missions scientifiques sur les glaciers du monde.

Chacun apportait une expertise complémentaire indispensable dans un environnement où la moindre erreur peut avoir de lourdes conséquences.

Sasha Doyle résume bien cette réalité : « Dans ces régions, chaque détail compte. Une bonne décision peut vous faire gagner des jours. Une mauvaise peut mettre fin à l’expédition. « 

Le sacrifice du chef d’expédition

L’un des épisodes les plus marquants de SILA est survenu quelques jours avant l’arrivée.

Victime de gelures aux pieds qui s’aggravaient, Gilles Denis a pris une décision particulièrement difficile.

Plutôt que de mettre en danger l’ensemble de la mission, il a choisi d’interrompre volontairement sa propre traversée afin de recevoir une prise en charge médicale.

Ce retrait a permis au reste de l’équipe de poursuivre la progression et d’achever l’intégralité des objectifs scientifiques prévus.

Un choix rare dans une expédition d’une telle ampleur, où l’objectif collectif a clairement primé sur l’accomplissement personnel.

Quand l’exploration retrouve tout son sens

À l’heure où les satellites observent chaque recoin de la planète, certains pourraient penser que les grandes expéditions appartiennent au passé.

SILA démontre exactement l’inverse.

Les satellites fournissent une vision globale, mais de nombreuses mesures nécessitent toujours des observations directes sur le terrain afin de calibrer, vérifier ou compléter les données spatiales.

Comme l’explique Gilles Denis : « L’exploration n’a de sens aujourd’hui que si elle permet de mieux comprendre notre planète et de transmettre ce savoir. « 

Cette philosophie résume parfaitement l’esprit de l’expédition : faire de l’aventure un véritable outil scientifique.

Un travail qui ne fait que commencer

L’arrivée à Qaanaaq ne marque pas la fin de SILA.

Elle constitue en réalité le début d’un long travail scientifique. Durant les prochains mois, les équipes de recherche analyseront les échantillons de neige, traiteront les données GNSS, intégreront les observations dans plusieurs bases internationales et publieront progressivement leurs résultats.

Comme le rappellent les responsables de l’expédition, une mission scientifique ne s’achève jamais lorsque les explorateurs replient leur tente.

Les données recueillies continueront d’alimenter les recherches pendant plusieurs années.

Une volonté de partager les connaissances

L’expédition SILA ne souhaite pas réserver ses découvertes aux seuls chercheurs.

IMAQA Expeditions a développé six carnets pédagogiques, librement téléchargeables sur le site internet d’IMAQA (https://www.imaqa.be/education) afin de rendre accessibles au grand public les enjeux liés aux régions polaires, à la glaciologie et aux changements climatiques.

Une manière de rappeler que la connaissance scientifique prend tout son sens lorsqu’elle est partagée.

Une aventure tournée vers l’avenir

Au-delà de la performance sportive, SILA symbolise une nouvelle génération d’expéditions où l’exploit n’est plus une fin en soi. Les explorateurs deviennent les partenaires des chercheurs, les témoins privilégiés d’un environnement en pleine mutation et les passeurs de connaissances auprès du grand public.

À l’heure où le Groenland occupe une place centrale dans les recherches sur l’évolution du climat mondial, les milliers de kilomètres parcourus sur la glace par ces quatre spécialistes pourraient contribuer, à leur échelle, à mieux comprendre les transformations de notre planète. Une démonstration que l’exploration conserve, au XXIᵉ siècle, toute sa pertinence lorsqu’elle met l’aventure au service de la science.

Site internet : www.imaqa.be

Facebook : https://www.facebook.com/people/Imaqa-Expeditions/61552794307314/

Instagram : https://www.instagram.com/imaqa_expeditions/

Linkedin : https://www.linkedin.com/company/imaqaexpeditions/

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