L’apparition des arbres ne s’est pas faite en un jour ; c’est le résultat d’une course effrénée vers la lumière.
L’origine : La conquête du ciel
Il y a environ 380 à 400 millions d’années (au Devonien), les plantes ont commencé à développer deux innovations majeures : la lignine (le composant rigide du bois) et un système vasculaire performant pour transporter l’eau.
Avant cela, les plantes étaient de petite taille, comme des mousses.
Mais pour capter plus de soleil que ses voisines, il fallait grandir.
C’est ainsi que sont nées les premières structures « arborescentes »
Le premier « vrai » arbre :
Archaeopteris
Le candidat le plus sérieux au titre de premier arbre moderne est l’Archaeopteris.
Apparu il y a environ 385 millions d’années, il possédait un tronc en bois massif et des racines profondes, ressemblant un peu à un mélange entre un pin et une fougère.
Les plus anciens arbres (Espèces et Individus)
Il faut distinguer deux catégories : les espèces « reliques » (qui n’ont pas changé depuis la préhistoire) et les individus records (ceux qui sont encore vivants aujourd’hui).
1. Les espèces « fossiles vivants »
Certaines familles d’arbres ont survécu à l’extinction des dinosaures sans presque évoluer
Le Ginkgo Biloba : Apparu il y a environ 270 million d’années.
C’est une anomalie de la nature, une espèce unique qui n’a aucun proche parent vivant.
Les Araucarias (Désespoir des singes) : Très communs à l’ère du Jurassique.
Le Wollemia mobilis (Pin de Wollemi) : On le croyait éteint depuis des millions d’années avant d’en retrouver quelques spécimens cachés dans un canyon australien en 1994.
2. Les individus les plus vieux au monde.
Si l’on parle de spécimens encore debout et respirant aujourd’hui, voici le champion :
Mathusalem (pin Bristlecone)
Californie USA
4850 ans
L’arbre non-clonal le plus vieux du monde.
Old Tjikko (Epicéa)
Suède
9550 ans
Un arbre « clonal » : le tronc est jeune, mais le système racinaire survit depuis la fin de l’ère glaciaire.
Pando (peuplier faux-tremble)
Utah, USA
80000 ans
Une colonie clonale massive partageant un seul système racinaire.
C’est l’un des organismes les plus vieux de la planète
Pourquoi sont-ils si vieux ?
La longévité de ces arbres, comme les pins Bristlecone, vient souvent de leur environnement difficile.
En poussabt très lentement dans des sols pauvres et des climats arides, ils développent un bois extrêmement dense, presque imputrescible, qui résiste aux insectes et aux maladies.
C’est un peu le paradoxe de la nature : moins on va vite, plus on dure longtemps.
Comment calcule t-on l’âge de ces géants ?
Pour déterminer l’âge de ces géants sans les abattre (ce qui serait tragique), les scientifiques utilisent principalement deux méthodes, l’une mécanique et l’autre biologique.
1. La Dendrochronologie (Le comptage des cernes)
C’est la méthode la plus précise. Chaque année, un arbre produit une couche de bois sous son écorce.
Au Printemps : le bois est clair et les vaisseaux sont larges (croissance rapide).
En automne : le bois est sombre et dense (croissance ralentie).
L’alternance crée un cerne. En comptant ces anneaux, on connaît l’âge exact.
Pour les arbres vivants, on utilise une tarière de Pressler.
C’est un foret creux très fin qui extrait une minuscule carotte de bois (de la taille d’une paille). Cela ne blesse pas l’arbre, car il cicatrise rapidement, mais cela permet de lire son histoire du centre vers l’écorce.
2. La datation au Carbone 14
Pour les arbres extrêmement vieux, comme Pando ou old Tjikko, le tronc que l’on voit n’est pas celui d’origine. Le tronc meurt et repousse à partir des mêmes racines depuis des millénaires.
Dans ce cas, on analyse les restes de bois fossilisés ou les racines enfouies en mesurant la désintégration du carbone 14.
Cela permet de dater le moment où la plante a commencé à absorber du CO2, même si la partie visible n’a « que » quelques siècles.
Les secrets de la longévité : L’exemple du Pin Bristlecone
Si vous voulez voir à quoi ressemble la résilience absolue, c’est lui qu’il faut observer.

Voici ses « super-pouvoirs » :
Bois imputrescible : il produit une résine si dense que les champignons et les insectes ne peuvent pas le grignoter.
Même mort, il peut rester debout pendant 2000 ans sans pourrir.
Croissance minimaliste
Certaines années très rudes, il ne fait même pas un tour complet de tronc ; il ne fait pousser qu’une mince bande de vie sur un côté.
Aiguilles éternelles : ses aiguilles peuvent rester vertes et fonctionnelles pendant 40 ans, économisant ainsi l’énergie nécessaire pour en produire de nouvelles.
C’est fascinant de se dire que certains de ces arbres étaient déjà là quand les pyramides d’Égypte étaient en construction.
Sylvie Lefebvre
