Les résultats 2026 de l’Inventaire forestier national montrent un double mouvement : la forêt couvre désormais 17,7 millions d’hectares en France hexagonale et en Corse, mais les arbres subissent davantage les sécheresses, les maladies et les ravageurs. Entre 2016 et 2024, la mortalité annuelle moyenne a atteint 18,1 millions de mètres cubes, contre 7,4 millions entre 2005 et 2013. L’IGN décrit donc une forêt qui continue de s’étendre, mais dont la santé se dégrade.
Cette apparente contradiction est au cœur du bilan publié par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) le 7 octobre 2026. Une forêt peut gagner du terrain tout en voyant ses arbres pousser moins vite, dépérir ou mourir davantage. Les chiffres ne racontent pas une forêt uniforme : ils agrègent des situations très différentes selon les régions, les essences et les sols.
Les résultats reposent principalement sur des mesures de terrain recueillies entre 2021 et 2025. Ils donnent des repères précieux pour suivre le changement, mais ils ne constituent ni une photographie de chaque parcelle ni une prédiction exacte de l’avenir des forêts.

Résultats de l’Inventaire forestier national 2026 : ce qu’il faut retenir
En France hexagonale et en Corse, la surface forestière atteint 17,7 millions d’hectares, presque un tiers du territoire. Elle a progressé en moyenne d’environ 100 000 hectares par an au cours des quinze dernières années. Dans le même temps, la mortalité annuelle moyenne des arbres est passée de 7,4 millions de mètres cubes sur 2005–2013 à 18,1 millions sur 2016–2024.
- Plus de forêt : la surface a augmenté de plus de 1,5 million d’hectares en quinze ans.
- Une croissance ralentie : la production biologique annuelle moyenne est estimée à 88,7 millions de mètres cubes en 2016–2024, contre plus de 90 millions en 2005–2013. La production de bois à l’hectare a baissé de 8 % par rapport à la décennie précédente.
- Une mortalité plus élevée : le volume annuel moyen de mortalité des arbres a été multiplié par 2,5 entre les deux périodes comparées par l’IGN.
- Une ressource en eau inégale : 54 % des forêts poussent sur des sols dont le réservoir utile en eau est très faible.
Ces données portent sur des indicateurs différents et des périodes différentes. Il faut éviter de les additionner ou de les lire comme si elles décrivaient exactement les mêmes arbres au même moment.
Une surface forestière en hausse ne signifie pas que chaque forêt va mieux
La hausse de la surface forestière est une tendance de long terme. Elle s’explique notamment par l’extension des boisements sur des terres qui n’étaient pas comptées comme forêt. Mais l’évolution de la surface ne dit pas, à elle seule, si les arbres sont en bonne santé, si les peuplements sont diversifiés ou si les habitats accueillent davantage d’espèces.
Le volume total de bois continue de croître à l’échelle nationale, indique l’IGN. Pourtant, la croissance des arbres ralentit et certains massifs connaissent des pertes. Dans le Nord-Est, l’institut relève des secteurs où la mortalité et les prélèvements, notamment les coupes sanitaires, dépassent la production biologique. Dans ces zones, les stocks de bois et de carbone diminuent.
Le puits de carbone forestier, c’est-à-dire la quantité de carbone que la forêt stocke chaque année, s’est réduit par rapport à la période 2005–2013. L’IGN estime la séquestration à 39 millions de tonnes de CO₂ par an pour 2016–2024, contre 63 millions sur 2005–2013. L’institut indique toutefois une tendance récente à la stabilisation. Cette évolution rappelle qu’une forêt qui s’étend n’absorbe pas forcément le carbone au même rythme qu’auparavant.
Les moyennes nationales ne décrivent pas non plus le destin d’une espèce ou d’une parcelle particulière. Le frêne, le châtaignier et l’épicéa commun figurent parmi les essences où une part importante des arbres dominants est altérée. À l’inverse, l’IGN indique que le douglas, le pin maritime et le chêne vert sont relativement épargnés parmi les principales essences citées. Cette différence ne permet pas de conclure qu’une espèce résistera partout : les conditions locales comptent.

Pourquoi la mortalité des arbres augmente-t-elle ?
L’IGN relie l’augmentation de la mortalité à plusieurs pressions qui se renforcent parfois les unes les autres. La succession de sécheresses et de périodes de forte chaleur fragilise les arbres. Des arbres affaiblis deviennent plus vulnérables aux insectes xylophages, comme les scolytes, et à certaines maladies fongiques. L’institut cite notamment les atteintes qui touchent fortement le frêne et le châtaignier.
Dans les résultats portant sur 2021–2025, 9 % des arbres forestiers dominants sont classés comme altérés. Parmi ces arbres altérés, un quart sont morts et trois quarts sont encore vivants. Ces chiffres ne veulent donc pas dire que 9 % de tous les arbres français sont morts : ils décrivent une catégorie précise d’arbres observés et la part d’arbres morts au sein de cette catégorie.
Le rapport signale aussi des traces d’ongulés sauvages sur 15 % des jeunes arbres. L’impact varie selon les secteurs et les essences. Par exemple, l’abroutissement est observé sur 21 % des jeunes charmes. Là aussi, il s’agit d’un indicateur particulier. L’IGN précise que les séries concernant la régénération et les grands ongulés sont récentes : la collecte a commencé en 2023 et les chiffres publiés s’appuient sur trois campagnes de mesure.
Ces résultats ne désignent pas une cause unique. Le climat, les sols, les ravageurs, les maladies, la structure des peuplements et la pression des herbivores peuvent interagir. La prudence consiste à lire ensemble les mesures et les explications de l’IGN, sans transformer une relation observée en causalité certaine pour chaque forêt.
L’eau du sol : un facteur décisif, mais pas un simple réservoir plein ou vide
Le « réservoir utile » désigne la capacité d’un sol à stocker et à restituer l’eau aux arbres. Ce n’est pas la quantité d’eau présente un jour donné. Un sol peut avoir une capacité importante, mais son réservoir peut être vide après une période sèche. Pour comprendre les conditions de croissance, il faut donc distinguer capacité de stockage et disponibilité réelle de l’eau.
Selon l’IGN, 54 % des forêts se trouvent sur des sols à très faible réservoir utile, défini dans les résultats comme moins de 70 litres par mètre cube de sol. Les forêts installées sur des sols au réservoir extrêmement faible, inférieur à 30 millimètres, représentent 18 % de la surface forestière et produisent en moyenne deux fois moins de bois que celles sur des sols mieux dotés.
Le lien entre eau et mortalité n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser. Entre les deux périodes comparées, l’augmentation de la mortalité a été plus forte sur les sols à réservoir utile supérieur à 110 millimètres, où elle a été multipliée par trois, que sur les sols à moins de 30 millimètres, où elle a été multipliée par deux. L’IGN avance une hypothèse : certaines forêts installées sur des sols plus généreux en eau pourraient être composées d’essences moins adaptées au manque d’eau et avoir davantage souffert des sécheresses récentes. Ce point est présenté comme une explication possible, pas comme une règle générale démontrée pour tous les peuplements.
L’article de l’IGN consacré au manque d’eau rappelle aussi qu’un réservoir utile doit être croisé avec d’autres informations, comme le climat, la fertilité et le pH du sol. Un chiffre isolé ne suffit pas à dire quelle essence convient à un lieu ni à prédire son évolution.
Les forêts proches de l’eau abritent davantage d’essences en moyenne
Les résultats 2026 comportent un volet consacré aux liens entre forêt et eau. Plus de 2,6 millions d’hectares de forêts se situent à moins de 50 mètres d’un cours d’eau ou d’une zone humide. Dans ces forêts riveraines, l’IGN observe en moyenne 6,2 espèces d’arbres, contre 4,9 dans les forêts plus éloignées.
Cette différence est un constat statistique. Elle ne signifie pas que la proximité d’un cours d’eau produit à elle seule une diversité plus élevée dans chaque cas. Les conditions locales, les sols, l’histoire des peuplements et la gestion forestière peuvent aussi jouer. L’IGN estime par ailleurs à environ 500 000 hectares les habitats forestiers humides d’intérêt communautaire, tels que les tourbières et les forêts alluviales.
Les forêts participent au cycle de l’eau. Elles limitent le ruissellement, favorisent l’infiltration et restituent une partie de l’eau à l’atmosphère par la transpiration des arbres. Les milieux humides et les forêts riveraines sont donc importants à la fois pour l’eau et pour les habitats. Mais les chiffres disponibles décrivent des surfaces et des caractéristiques observées, pas un bilan complet de l’état écologique de chaque site.

Comment l’Inventaire forestier national produit-il ses résultats ?
L’IFN repose sur des observations de terrain répétées. Sa méthode dite « en continu » a été mise en place en 2005 afin de mieux suivre les changements forestiers. Pour les résultats 2026, l’IGN indique que près de 60 000 placettes ont été inventoriées entre 2021 et 2025, dont 12 000 au cours de la seule année 2025.
Les résultats publiés chaque année reposent principalement sur les cinq années précédentes. Cela permet de suivre une tendance nationale à partir d’un grand nombre de points de mesure. En revanche, les résultats ne sont pas une carte exhaustive de chaque arbre ni une photographie prise partout le même jour. Certaines données, comme la régénération forestière, sont plus récentes et disposent de moins de campagnes.
La couverture géographique est également importante : le communiqué de l’IGN porte sur la France hexagonale et la Corse. Il ne faut pas étendre automatiquement ces chiffres à l’ensemble des territoires ultramarins, dont les forêts et les méthodes de suivi peuvent relever d’autres données.
Les résultats détaillés sont accessibles dans les outils de l’IGN et de l’Observatoire des forêts françaises. Les fiches territoriales permettent de comparer des informations à l’échelle de plusieurs centaines de territoires. Pour interpréter un chiffre local, il est utile de vérifier sa période, son périmètre et la méthode utilisée.
Une photographie utile, pas une raison de choisir entre espoir et alarme
Le bilan 2026 ne raconte ni une forêt qui se porte bien parce qu’elle gagne en surface, ni une forêt condamnée parce que la mortalité augmente. Il montre une réalité plus nuancée : la forêt reste un espace vivant en évolution, mais les conditions de croissance deviennent plus difficiles pour une part importante des arbres. Les différences entre essences, sols et régions comptent autant que la moyenne nationale.
Cette nuance est utile pour suivre les initiatives de terrain. Un projet de plantation, de gestion ou de restauration doit être évalué à partir de ses objectifs et de mesures adaptées. Les résultats de l’IGN donnent un cadre plus large, tandis que les suivis locaux racontent ce qui se passe dans un massif ou une parcelle. Pour découvrir un autre aspect de la vie forestière, notre article sur le bois mort et les espèces qui en dépendent aborde les habitats associés aux arbres morts, un sujet différent du bilan national de santé des forêts.
La prochaine lecture de ces indicateurs dépendra des campagnes à venir. Les séries de cinq années permettent de voir des tendances, mais il faut du temps pour distinguer un épisode climatique ponctuel d’une évolution durable. La publication annuelle de données comparables offre au moins un point d’appui pour suivre ces changements sans réduire la forêt à un seul chiffre.
Questions fréquentes sur les résultats forestiers 2026
Quelle est la surface des forêts françaises selon l’IGN en 2026 ?
L’IGN estime à 17,7 millions d’hectares la surface forestière en France hexagonale et en Corse, soit presque un tiers du territoire. Cette surface a augmenté en moyenne d’environ 100 000 hectares par an au cours des quinze dernières années.
La forêt française est-elle en meilleure santé parce qu’elle s’étend ?
Pas nécessairement. La surface forestière augmente, mais l’IGN observe une hausse de la mortalité des arbres et une baisse de la production biologique à l’hectare. La surface, la croissance et l’état sanitaire sont des indicateurs différents.
Combien d’arbres meurent chaque année en France ?
L’IGN estime le volume annuel moyen de mortalité à 18,1 millions de mètres cubes pour 2016–2024, contre 7,4 millions pour 2005–2013. Il s’agit d’un volume de bois, pas d’un comptage du nombre d’arbres.
Pourquoi l’eau du sol est-elle importante pour les forêts ?
Le réservoir utile du sol indique sa capacité à stocker et à restituer l’eau aux arbres. Quand cette réserve n’est pas rechargée par les précipitations, le stress hydrique peut ralentir la croissance ou contribuer au dépérissement. Cet indicateur doit être lu avec d’autres données locales.
Les résultats 2026 couvrent-ils toute la France ?
Le communiqué de l’IGN porte sur la France hexagonale et la Corse. Il s’appuie surtout sur des mesures de terrain réalisées entre 2021 et 2025. Il ne faut pas généraliser directement ces chiffres aux territoires ultramarins.
Sources
- IGN, Inventaire forestier national, résultats 2026, publié le 7 octobre 2026.
- IGN, Quand la forêt manque d’eau : les enseignements de l’IFN, publié le 7 octobre et mis à jour le 13 octobre 2026.
- InventIF, plateforme interactive des résultats de l’Inventaire forestier national.
- Observatoire des forêts françaises, fiches territoriales et indicateurs.
