une collecte de fonds en ligne pour préserver une station de ski en Haute-Savoie
Situé en Haute-Savoie, le domaine skiable du Roc d’Enfer a été placé en redressement judiciaire depuis le 27 janvier dernier. En raison de pertes cumulées trop significatives, notamment en rapport avec la crise sanitaire, la station se dirige vers le financement participatif.
« Le capital social de l’entreprise a été affecté, » déplore William Chalençon, qui occupe les fonctions de président de la station du Roc d’Enfer et de maire (divers) de Saint-Jean-d’Aulps. Et pour de bonnes raisons : pendant la crise sanitaire, le domaine skiable a subi une « réduction » de sa fin de saison, suivie d’une saison complète.
« Il s’agit d’une perte financière énorme pour une organisation qui dépend de quelques mois d’activité soutenue, précise la station de ski dans un communiqué. Les emprunts réalisés pour faire face aux saisons sans neige et aux hivers déficitaires sont très pesants.«
En février 2025, l’entreprise basée en Haute-Savoie entame une procédure de sauvegarde, avant d’être placée en redressement judiciaire le 27 janvier dernier. Elle a un délai de six mois à partir de cette date pour reconstituer son capital. Parmi les mesures mises en place : une cagnotte, lancée en ligne ce vendredi 6 mars, qui restera ouverte jusqu’à la fin du mois. Les contributeurs peuvent faire un don unique ou opter pour des dons mensuels.

« C’est promouvoir une économie locale »
En seulement 5 jours, près de 300 contributions ont été recueillies, totalisant plus de 20 000 euros. Pour le président de la station de ski, cela représentait également une évaluation : « Nous avons eu l’idée de solliciter des financements participatifs de la part de nos clients afin de vérifier si l’intérêt pour cette station était toujours présent, raconte William Chalençon. Il est clair que c’est le cas. »
Pour cette localité de la vallée d’Aulps, le Roc d’Enfer constitue un élément fondamental de l’économie : « La fermeture de la station ne signifierait pas uniquement la fin d’un domaine. Cela représenterait un choc pour toute une région : 70 postes directs et plus de 200 emplois indirects ». Des magasins de proximité, aux artisans, en incluant les écoles de ski, c’est « un véritable écosystème qui serait mis en péril ».
L’objectif de la station est de « recapitaliser à 1,5 million » d’euros. Le président de la station affiche un optimisme certain : « Il existe des personnes qui ne résident pas dans la vallée, d’autres qui ne viennent même pas en vacances ici, mais qui nous apportent leur soutien. En quelque sorte, cela contribue à soutenir l’économie locale ».
Le caractère « à dimension humaine » souligné
Le Roc d’Enfer met en avant son ambiance conviviale. « De nombreuses personnes en ont assez des grandes stations et préfèrent les plus petites, » constate William Chalençon. Dans son communiqué, la station souligne cette idée : elle a été fondée avec une » perspective familiale et locale « , mettant l’accent sur la » qualité de l’accueil« .
Sur la plateforme de la cagnotte, les messages des contributeurs s’entassent : » J’ai appris à skier dans cette station, un endroit rempli de souvenirs de mon enfance« , écrit lombardnicolas94. _ « Nous y allons depuis trois décennies_, révèle gemisom37, j’espère pouvoir y amener mes petites-filles ! »
Dans son communiqué, la station annonce trois axes prioritaires qui bénéficieront de financements via les fonds participatifs : l’amélioration du tourisme quatre saisons, la mise à niveau des remontées mécaniques, et enfin, l’acquisition d’équipements plus économes dans une démarche de transition écologique.

Une montée difficile à gravir
Le domaine skiable du Roc d’Enfer fonctionne comme une société d’économie mixte. « La Mairie de Saint-Jean d’Aulps en possède 85 %, tandis que le reste est détenu par des actionnaires privés, incluant certaines stations des Portes du Soleil qui sont essentielles ainsi que des entreprises privées, » précise William Chalençon.
Aujourd’hui, la société a une dette de 3 millions d’euros. Le 15 juillet dernier, la municipalité avait approuvé la souscription d’un prêt bancaire afin de réapprovisionner les finances de la station. Contesté par l’État, ce projet a été abandonné.
Cependant, le maire se montre optimiste en considérant la cagnotte comme une option pour redynamiser la situation. » Actuellement, la fréquentation est en augmentation, déclare-t-il. Cette année, elle a crû de 30 % par rapport à l’année dernière, ce qui en fait notre meilleure année.«
