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Bois mort et biodiversité : la vie cachée des forêts

Un tronc tombé dans une forêt n’est pas forcément un déchet à retirer. À mesure qu’il se décompose, il abrite des insectes, des champignons et d’autres organismes, tout en contribuant à la vie du sol. À la réserve naturelle nationale de Jujols, dans les Pyrénées-Orientales, des inventaires ont déjà permis d’identifier 284 espèces de coléoptères dans une forêt de pin sylvestre. Une nouvelle campagne, annoncée pour la période 2026–2028, doit aider à comparer ces observations avec les inventaires précédents.

Ce travail ne signifie pas que les résultats de la nouvelle campagne sont déjà connus. Il s’agit d’un suivi à venir, dont les observations devront être collectées puis comparées. Mais les données précédentes et le choix de conserver des îlots forestiers sans intervention rappellent une chose simple : la biodiversité dépend aussi de ce que la forêt garde sur place, y compris les arbres morts ou mourants.

Pourquoi le bois mort est-il utile à la biodiversité ?

Les arbres morts sur pied, les branches et les troncs au sol forment une mosaïque d’habitats. Certaines espèces vivent dans le bois en décomposition, d’autres s’en nourrissent ou utilisent ses cavités comme abri. Les champignons participent à la transformation du bois. Les insectes liés à ces milieux contribuent à leur tour aux chaînes alimentaires forestières.

On appelle souvent « saproxyliques » les espèces qui dépendent du bois mort ou mourant, ou des organismes qui y vivent, pendant une partie de leur cycle de vie. Le terme désigne un groupe écologique très varié. Il ne s’agit pas d’un seul type d’insecte, et tous les coléoptères d’une forêt ne dépendent pas du bois mort.

Le bois se transforme lentement. L’écorce, l’exposition, l’essence de l’arbre, son diamètre et son degré de décomposition créent des conditions différentes. Un arbre mort sur pied n’offre pas le même milieu qu’un tronc au sol, humide et couvert de mousse. Une forêt qui conserve des arbres de différents âges et des pièces de bois à plusieurs stades de décomposition peut donc proposer davantage de niches qu’un milieu où tout le bois est retiré.

Le bois mort joue aussi un rôle dans le fonctionnement du sol. L’Office français de la biodiversité (OFB) explique que les arbres morts ou mourants protègent les sols et que leur décomposition enrichit l’humus. Cette transformation est progressive. Elle ne doit pas être présentée comme une solution immédiate ou suffisante face aux pressions qui touchent les forêts.

À Jujols, 284 espèces de coléoptères déjà identifiées

La réserve naturelle nationale de Jujols se trouve dans le Conflent, sur le versant sud du mont Coronat, dans les Pyrénées-Orientales. Elle couvre environ 472 hectares et s’étend entre 1 100 et 2 172 mètres d’altitude. Ses paysages mêlent pelouses, prairies, zones humides, escarpements et forêts de pins.

Dans une partie de la réserve, la forêt de pin sylvestre est riche en bois mort. L’OFB indique que cet habitat accueille des insectes saproxyliques présentant un intérêt patrimonial à l’échelle régionale et nationale. La réserve est cogérée par l’OFB et la Fédération des Réserves naturelles catalanes.

Coléoptère saproxylique sur du bois en décomposition, un habitat forestier spécialisé

Des inventaires de coléoptères forestiers ont été conduits sur trois années entre 2000 et 2002, puis repris entre 2013 et 2017. L’OFB rapporte que 284 espèces ont été identifiées dans la forêt de pin sylvestre, dont trois espèces qualifiées de très rares dans l’article consacré au bois mort. La page ne les nomme pas. Elle décrit cette diversité comme importante pour une forêt de montagne.

Ces résultats documentent la présence et la diversité observées dans le secteur étudié. Ils ne constituent pas, à eux seuls, une mesure complète de l’état de toutes les forêts de la réserve, ni une preuve que chaque espèce se porte bien. Un inventaire dépend notamment des zones prospectées, des méthodes utilisées, de la saison et de la capacité à détecter les espèces. Pour connaître une évolution, il faut répéter les observations et comparer des données obtenues dans des conditions suffisamment proches.

Une nouvelle campagne de suivi annoncée jusqu’en 2028

Une nouvelle campagne d’inventaires est annoncée entre avril 2026 et 2028, avec la Fédération des Réserves naturelles catalanes. L’échantillonnage doit s’étaler sur trois années et porter sur la diversité des coléoptères associés aux vieux arbres et au bois mort.

L’objectif est de caractériser la valeur biologique du secteur puis de comparer les résultats avec les précédents inventaires. Cette comparaison doit contribuer aux choix de gestion de la réserve, notamment au futur plan de gestion écologique prévu pour 2029–2038. L’OFB mentionne les sécheresses répétées comme un facteur nouveau à prendre en compte, mais ne donne pas encore de résultats mesurés sur leurs effets dans cette campagne.

La prudence est importante : le suivi est en cours ou prévu selon le calendrier annoncé, et ses résultats ne peuvent pas être anticipés. Il faudra attendre la publication des observations et leur analyse pour savoir si les espèces recensées ont évolué, si certaines sont nouvelles pour le site, ou si les changements observés sont liés à des facteurs particuliers.

Cette méthode, faite d’inventaires répétés, permet de passer d’une simple impression à des données comparables. Elle ne remplace pas les décisions de gestion, mais elle peut éclairer les choix : quels secteurs laisser tranquilles, où préserver du bois mort, et comment tenir compte des changements qui affectent les habitats.

Trois îlots laissés en libre évolution à la Petite-Pierre

Un autre exemple présenté par l’OFB se trouve dans la Réserve nationale de chasse et de faune sauvage de la Petite-Pierre, dans les collines alsaciennes. L’OFB et l’Office national des forêts ont choisi d’y laisser trois îlots boisés en libre évolution, avec le soutien du mécénat de FDJ UNITED.

Dans ces îlots, il n’y a plus de coupes ni d’entretien prévus. Les arbres peuvent grandir, vieillir, mourir et se décomposer à leur rythme. L’OFB parle d’une évolution sur plusieurs décennies. C’est un choix de gestion à long terme, pas un résultat écologique déjà mesuré : la source ne présente pas encore de bilan de suivi ni de chiffres sur les espèces qui en bénéficieraient.

Forêt laissée en évolution naturelle avec des arbres âgés et des troncs au sol

La libre évolution ne veut pas dire que toute forêt doit être laissée sans intervention. Les objectifs diffèrent selon les sites, les espèces, les usages, la sécurité et les choix de gestion. L’intérêt de ces îlots est de conserver des secteurs où les processus naturels peuvent se poursuivre et être observés sur le temps long.

La Fédération des Conservatoires d’espaces naturels mène une démarche comparable avec le programme Sylvae. Les Conservatoires acquièrent des parcelles à enjeux, souvent anciennes et, lorsque c’est possible, déjà matures. Elles sont ensuite laissées en libre évolution et font l’objet de suivis. La page du réseau présente les objectifs du programme, mais ne donne pas un bilan chiffré permettant de conclure à des effets mesurés sur l’ensemble des sites.

Le bois mort ne résume pas, à lui seul, la santé d’une forêt

La présence de bois mort peut fournir des indices utiles sur les habitats forestiers, mais elle ne suffit pas à décrire toute la biodiversité ou l’état d’une forêt. D’autres éléments comptent : diversité des essences et des âges, continuité des habitats, qualité des sols, état des zones humides, espèces présentes et pressions locales.

Il faut aussi éviter une opposition trop simple entre forêt « propre » et forêt « sale ». Le bois mort n’est pas automatiquement un signe de bonne gestion partout, et le laisser en place ne répond pas à toutes les situations. Dans des zones fréquentées, près des routes ou dans certains contextes sanitaires et de sécurité, des interventions peuvent être nécessaires. L’enjeu est de réfléchir à ce qui peut être conservé, où et pour quel objectif.

Le suivi scientifique apporte ici un repère : il aide à documenter ce qui est présent, ce qui change et ce qui reste inconnu. C’est la même logique que pour d’autres indicateurs de biodiversité, qui doivent être lus avec leur périmètre et leurs limites. Notre article sur les indicateurs de l’Observatoire national de la biodiversité explique comment distinguer les données, les tendances et leur interprétation.

Les forêts ne sont pas isolées des autres milieux. La vie du sol, le cycle de la matière organique et les pratiques qui influencent ces équilibres comptent également. Pour prolonger le sujet, lire notre dossier sur la biodiversité des sols et les projets de recherche qui l’étudient.

Questions fréquentes sur le bois mort et la biodiversité

Pourquoi ne retire-t-on pas tout le bois mort en forêt ?

Parce qu’il peut servir d’habitat et de nourriture à des espèces, contribuer à la formation de l’humus et participer au fonctionnement de l’écosystème forestier. La quantité et les lieux où le conserver dépendent toutefois des objectifs de gestion et des contraintes propres à chaque site.

Qu’est-ce qu’un insecte saproxylique ?

C’est un insecte qui dépend du bois mort ou mourant, ou des organismes qui s’y développent, pendant une partie de son cycle de vie. Certains coléoptères appartiennent à ce groupe. Le terme couvre une grande diversité d’espèces et de modes de vie.

Les inventaires de Jujols ont-ils déjà prouvé que la forêt s’améliore ?

Non. Les inventaires antérieurs ont identifié 284 espèces de coléoptères et trois espèces très rares selon l’OFB. La nouvelle campagne 2026–2028 doit permettre une comparaison, mais ses résultats ne sont pas encore disponibles dans la source consultée.

Que signifie laisser une forêt en libre évolution ?

Dans les îlots concernés à la Petite-Pierre, cela signifie ne plus pratiquer de coupe ni d’entretien, afin que les arbres suivent leur cycle naturel sur plusieurs décennies. Ce choix de gestion ne s’applique pas automatiquement à toutes les forêts.

Observer la forêt avant de conclure

Un arbre mort peut devenir un abri, une nourriture et une étape dans le cycle de la matière. À Jujols, les inventaires antérieurs offrent un point de départ concret : 284 espèces de coléoptères identifiées et une nouvelle campagne annoncée pour comparer les observations. À la Petite-Pierre, trois îlots doivent évoluer sans coupe pendant plusieurs décennies.

Ces initiatives montrent un choix de gestion et un effort de connaissance. Elles ne permettent pas encore d’affirmer que les populations d’insectes augmentent ou que les forêts concernées résistent mieux aux sécheresses. Pour le savoir, il faudra suivre les sites, publier les résultats et les comparer dans le temps. Mais elles rappellent déjà que préserver la biodiversité forestière passe aussi par l’attention portée aux arbres vieillissants et au bois qui se décompose.

Sources

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