En Europe, les oiseaux et les papillons communs pourraient continuer à décliner d’ici 2050, même si les politiques de conservation prévues sont appliquées dans les scénarios étudiés. C’est la conclusion d’une étude publiée dans Nature Ecology & Evolution, coordonnée par l’INRAE. Elle porte sur 265 espèces d’oiseaux et 144 espèces de papillons observées sur plus de 20 000 sites dans 27 pays européens. Aucun scénario ne prévoit d’arrêter ou d’inverser leur déclin moyen.

Le mot « commun » ne signifie pas que ces espèces sont sans importance. Il désigne ici des espèces largement présentes, suivies par des réseaux d’observation, et souvent moins visibles dans les politiques que les espèces déjà menacées ou emblématiques. L’étude invite à regarder ce qui arrive à ces populations ordinaires, dans les paysages où vivent aussi les humains.
Que dit l’étude sur la biodiversité ordinaire en Europe ?
Les chercheurs ont analysé des observations recueillies entre 2000 et 2021. Ils ont ensuite modélisé la façon dont les pressions sur les milieux pourraient évoluer jusqu’en 2050. Le résultat principal est net : les scénarios de conservation améliorent certaines tendances, notamment pour les oiseaux, mais ne suffisent pas à stopper le recul moyen des deux groupes étudiés.
Pour les oiseaux, les scénarios les plus favorables ralentissent la baisse, en particulier pour certaines espèces des milieux agricoles. Pour les papillons, les effets projetés sont plus faibles. Le déclin moyen devrait se poursuivre et pourrait s’accentuer. Il ne s’agit pas de compter chaque oiseau ou chaque papillon en Europe, ni d’affirmer que toutes les espèces suivent exactement la même trajectoire. L’étude calcule des tendances à partir de populations suivies et de modèles.
Cette distinction compte. Une projection n’est pas une photographie du futur. Elle dépend des hypothèses retenues sur le climat, l’usage des terres et les politiques appliquées. Elle permet néanmoins de comparer des trajectoires et de voir si les mesures envisagées semblent assez fortes pour répondre aux pressions identifiées.

Plus de 20 000 sites et 409 espèces suivis
L’étude rassemble des observations sur 265 espèces communes d’oiseaux et 144 espèces communes de papillons. Les données viennent de plus de 20 000 sites répartis dans 27 pays européens, pour la période 2000-2021. Des milliers d’observateurs et de programmes de suivi contribuent à rendre ces séries possibles. Ces observations constituent le socle du travail, mais elles ne couvrent pas chaque espèce ni chaque territoire.
Les auteurs ont étudié plusieurs facteurs qui peuvent modifier les populations : le changement climatique, l’artificialisation des sols, l’évolution des paysages, l’intensification de l’agriculture et celle de l’exploitation forestière. Ils ont combiné les effets connus de ces pressions avec des scénarios de changement climatique et d’occupation des sols, puis estimé les tendances possibles jusqu’au milieu du siècle.
Le nombre de pays diffère entre les présentations de l’étude. L’article scientifique de Nature Ecology & Evolution indique 27 pays, chiffre retenu ici. L’article de vulgarisation publié par l’INRAE mentionne 26 pays. Le texte scientifique fait foi pour le décompte de l’échantillon.
Trois visions de la nature mises à l’épreuve
Les scénarios s’appuient sur une trajectoire de durabilité et déclinent trois visions de la nature issues du cadre « Nature Futures » de l’IPBES. Dans « Nature for Nature », la nature est considérée pour sa valeur propre et son fonctionnement. « Nature for Society » met l’accent sur les bénéfices qu’elle apporte aux sociétés, comme la régulation du climat. « Nature as Culture » insiste sur les liens entre nature, cultures, pratiques et paysages habités.
Les chercheurs ont également intégré des objectifs de conservation associés aux politiques européennes, comme la réduction des apports d’engrais azotés, l’extension des zones protégées, la préservation de prairies et de forêts naturelles ou la plantation d’arbres. Même dans ces scénarios, les trajectoires moyennes ne remontent pas au-dessus du niveau permettant d’arrêter le déclin des espèces étudiées.
Les effets varient selon les espèces et les régions. Les oiseaux forestiers répondent mieux à certains scénarios, tandis que les papillons sont davantage favorisés dans les paysages en mosaïque associés à la vision « Nature as Culture ». Les résultats projetés sont plus encourageants en Europe occidentale et septentrionale qu’au sud et à l’est du continent. Une mesure qui aide un groupe ne produit donc pas forcément le même effet pour un autre.

Pourquoi les espèces communes peuvent-elles décliner ?
Une partie de la réponse se trouve dans les transformations ordinaires du territoire. Les champs, les prairies, les haies, les boisements et les zones bâties changent. Quand les habitats deviennent plus uniformes ou plus fragmentés, les espèces ne trouvent pas toujours les mêmes ressources, lieux de reproduction ou abris. L’intensification agricole peut réduire la diversité des plantes et des structures dans certains paysages. Le changement climatique ajoute une pression, qui ne se manifeste pas de la même façon selon les espèces.
Les espèces communes sont souvent moins visibles dans les débats que les animaux rares. Pourtant, elles remplissent des rôles importants dans les écosystèmes et forment une part familière du vivant : chants d’oiseaux au printemps, papillons dans les prairies, insectes et plantes qui participent aux chaînes alimentaires. Leur suivi aide à comprendre si les paysages restent accueillants pour une diversité de formes de vie, au-delà des seuls sites protégés.
Les auteurs soulignent aussi que des politiques centrées sur quelques espèces menacées ou sur des espaces protégés ne suffisent pas toujours. Les pressions se jouent dans les espaces agricoles, forestiers et urbanisés, là où les décisions de production, d’aménagement et de gestion influencent directement les habitats.
Ce que l’étude ne permet pas de conclure
Les résultats ne signifient pas que les mesures de conservation seraient inutiles. Dans plusieurs scénarios, elles ralentissent les déclins, et certaines espèces ou régions en bénéficient davantage. L’étude montre plutôt que les politiques représentées dans les scénarios ne semblent pas suffisantes, à elles seules, pour inverser la tendance moyenne des groupes étudiés.
Elle ne prédit pas non plus le destin exact de chaque espèce ou de chaque région. Les auteurs utilisent des tendances passées, des relations entre espèces et pressions, et des projections. Ces modèles dépendent de la qualité des données et des hypothèses de départ. Les chercheurs demandent des suivis complémentaires pour mieux comprendre pourquoi les oiseaux et les papillons réagissent différemment.
Enfin, les chiffres ne décrivent ni la situation de tous les invertébrés, ni celle des mammifères, des plantes ou des milieux marins. Ils concernent deux groupes, choisis parce que leurs populations sont suivies à grande échelle. C’est déjà un échantillon précieux, mais pas un inventaire complet de la biodiversité européenne.
Des paysages plus variés, une piste à documenter
Cette recherche place la biodiversité commune au cœur de la discussion sur les politiques de conservation. Elle invite à ne pas séparer les mesures dédiées aux espèces menacées de la manière dont on gère les paysages du quotidien. Maintenir des prairies, des haies, des zones humides et des milieux diversifiés peut participer à la qualité des habitats, mais l’effet réel doit être évalué dans le temps et selon les espèces présentes.
La diversité paysagère ne se résume pas à planter quelques arbres ou à créer une mare isolée. Les besoins diffèrent. Une prairie riche en fleurs n’a pas les mêmes fonctions qu’une haie, et un site protégé ne compense pas toujours la dégradation des habitats voisins. Les suivis naturalistes et les indicateurs aident à vérifier si les actions répondent aux objectifs annoncés.
Jimagine a déjà présenté des travaux de recherche sur la biodiversité des sols, ainsi que les principes et les limites de l’agriculture régénérative. Ces sujets se rejoignent sur une question concrète : comment faire évoluer les pratiques et mesurer les effets, sans confondre les intentions avec des résultats établis ?
Questions fréquentes sur la biodiversité commune
Que signifie « biodiversité commune » ?
Dans cette étude, l’expression désigne des espèces d’oiseaux et de papillons largement présentes et suivies dans plusieurs pays européens. « Commune » ne signifie pas qu’elles sont abondantes partout, ni qu’elles ne sont pas en déclin.
Combien d’espèces l’étude a-t-elle étudiées ?
Elle porte sur 265 espèces d’oiseaux et 144 espèces de papillons, soit 409 espèces au total, à partir d’observations réalisées sur plus de 20 000 sites dans 27 pays européens entre 2000 et 2021.
Les chercheurs annoncent-ils la disparition de ces espèces en 2050 ?
Non. L’étude projette des tendances moyennes à partir de scénarios. Elle conclut qu’aucun scénario évalué ne stoppe ou ne renverse le déclin moyen, pas que toutes les espèces auront disparu.
Les mesures de conservation sont-elles inutiles ?
Non. Certains scénarios ralentissent le déclin des oiseaux et favorisent davantage certains groupes. La conclusion est que les mesures étudiées ne suffisent pas à inverser les tendances moyennes pour les oiseaux et les papillons communs.
Pourquoi suivre les oiseaux et les papillons ?
Leurs observations répétées sur de nombreux sites permettent de suivre des tendances à grande échelle. Elles donnent des informations utiles sur l’état des habitats, sans remplacer le suivi des autres espèces et des milieux.
Sources
- Rigal et al., « Predicted decline in common bird and butterfly species even under conservation policy scenarios in Europe », Nature Ecology & Evolution, 31 juillet 2026.
- INRAE, présentation de l’étude sur la biodiversité commune, 6 octobre 2026.
- The Conversation, article de vulgarisation rédigé par les auteurs de l’étude.
