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Je suis retourné à l’école à 64 ans. Mes cellules grises ne m’ont pas demandé la permission !

À 64 ans, après quarante-cinq années de journalisme, me voilà de retour sur les bancs de l’école. Pas pour apprendre à écrire, à poser des questions ou à construire une émission de radio. Mais pour découvrir de nouveaux outils, rencontrer d’autres générations et confronter mes habitudes professionnelles à des façons de penser différentes. Une expérience qui, sans que je l’aie vraiment prévu, a également réveillé de nouvelles envies créatives. Et m’a même conduit à utiliser l’intelligence artificielle pour donner vie à une jeune guitariste rousse et à son chat. Comme quoi, l’imagination n’a décidément pas l’intention de prendre sa retraite.

À 64 ans, me revoilà étudiant !

Il paraît qu’à partir d’un certain âge, il faudrait commencer à ralentir. Profiter de la vie, regarder pousser les fleurs, nourrir les oiseaux, éventuellement raconter à qui veut bien l’entendre combien les choses étaient mieux avant. Personnellement, je n’ai jamais été très doué pour suivre les modes d’emploi. Alors, le 24 août 2026, j’ai pris une direction qui pourrait sembler surprenante à certains : celle de l’AID de Nivelles, pour entamer une formation de neuf mois en communication. Au programme : Photoshop, Illustrator, InDesign, Canva, les réseaux sociaux, la création graphique et toute une série d’outils devenus incontournables dans les métiers de la communication. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Sauf que je suis né en 1962, que j’exerce le métier de journaliste depuis 1981 et que, dans mon groupe, la plus jeune participante a 24 ans. Quarante années nous séparent. Autrement dit, lorsque j’ai commencé à travailler, elle n’était même pas encore un projet dans l’esprit de ses parents ! Et pourtant, aujourd’hui, nous partageons les mêmes salles de cours, les mêmes exercices et parfois les mêmes interrogations devant un logiciel qui décide de ne pas faire ce qu’on lui demande.

Je dois reconnaître que cette situation possède quelque chose d’assez réjouissant. Après quarante-cinq années passées dans les médias, je redeviens apprenant. Je découvre des techniques que je ne maîtrise pas encore, je pose des questions et il m’arrive de chercher pendant un bon moment une fonction qu’un autre participant trouve en quelques secondes. Il n’y a là rien d’humiliant. Au contraire. Cela me rappelle qu’on peut posséder une longue expérience dans un domaine tout en restant parfaitement débutant dans un autre. Et surtout, qu’il n’existe aucune raison valable pour que la curiosité disparaisse à partir d’un certain nombre de bougies sur un gâteau d’anniversaire.

Quarante-cinq ans de journalisme ne donnent pas toutes les réponses

J’ai commencé ma carrière en 1981, à une époque où Internet n’existait pas dans notre quotidien, où les réseaux sociaux relevaient de la science-fiction et où les outils de production radiophonique étaient bien différents de ceux d’aujourd’hui. J’ai connu différentes radios, des studios, des interviews, des reportages, des émissions musicales, des projets journalistiques et quelques aventures humaines parfois étonnantes. J’ai également traversé des évolutions technologiques considérables. J’ai vu le métier changer, les moyens de diffusion se multiplier et les habitudes du public se transformer. Mais derrière ces transformations, certaines exigences sont restées les mêmes : rechercher l’information, vérifier les faits, construire un récit, respecter ses interlocuteurs et ne jamais oublier les personnes auxquelles on s’adresse.

Au fil de ce parcours, j’ai aussi découvert que la culture journalistique n’était pas nécessairement partagée par ceux qui travaillent dans des environnements proches des médias. J’ai notamment collaboré à Radio Eval, à Haguenau, où je produisais des émissions musicales, réalisais des interviews dans ZONE LIBRE et où j’ai créé, en 2007, l’émission dominicale Dessine-moi un dimanche. J’ai également participé à l’aventure de Radio Ionosphère, une webradio alsacienne. Certaines collaborations se sont bien déroulées, d’autres ont été marquées par des désaccords. Avec le recul, je crois qu’une partie des difficultés venait parfois de conceptions différentes du métier. Un journaliste n’est pas un pasteur, pas davantage qu’il n’est nécessairement un porte-parole institutionnel. Il pose des questions, confronte les points de vue et cherche à permettre au public de comprendre plutôt qu’à lui imposer une conviction. Lorsque ces différences de missions ne sont pas clairement comprises, les malentendus peuvent rapidement apparaître.

Ces expériences m’ont appris quelque chose qui prend aujourd’hui une nouvelle signification : partager un projet ne veut pas nécessairement dire partager les mêmes références professionnelles. On peut travailler dans une même structure, poursuivre un objectif commun et pourtant envisager très différemment la manière de l’atteindre. Cette réalité, je la retrouve aujourd’hui dans un contexte beaucoup plus serein, celui de ma formation. Et elle m’amène à réfléchir à une question que je n’avais pas nécessairement envisagée en m’inscrivant.

Le véritable défi est-il d’apprendre… ou d’apprendre à travailler autrement ?

Lorsque j’ai décidé de reprendre une formation, je pensais naturellement aux compétences techniques que j’allais acquérir. Apprendre à utiliser correctement Photoshop, comprendre les possibilités d’Illustrator, maîtriser les principes de mise en page avec InDesign, perfectionner mes créations sur Canva : voilà des objectifs assez concrets. Mais je découvre progressivement que l’un des aspects les plus intéressants de cette expérience se situe peut-être ailleurs. Et si le véritable défi n’était pas tellement d’apprendre de nouveaux outils, mais d’apprendre à travailler avec des personnes qui n’ont pas les mêmes références professionnelles que moi ?

Dans mon groupe, personne n’a travaillé dans les médias ou le journalisme. Ce n’est évidemment ni une qualité ni un défaut. C’est simplement une réalité qui influence notre manière d’aborder les exercices et les projets. Lorsqu’on me demande de préparer un support de communication, mon premier réflexe est souvent de réfléchir au public visé, au message, à son angle, à sa crédibilité et à sa cohérence. C’est probablement une déformation professionnelle. Après des décennies de journalisme, certaines questions surgissent presque automatiquement : à qui s’adresse-t-on ? Que veut-on raconter ? Pourquoi cette information plutôt qu’une autre ? Quelle est la meilleure manière de retenir l’attention sans sacrifier le contenu ?

D’autres participants peuvent aborder exactement le même exercice par son aspect graphique, son esthétique, son originalité ou sa réalisation technique. Ils ne se posent pas nécessairement les questions dans le même ordre. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Parce qu’une approche différente n’est pas automatiquement une mauvaise approche. Elle peut même révéler des possibilités auxquelles je n’aurais pas pensé. Une idée visuelle peut faire évoluer un message. Une proposition apparemment très simple peut déboucher sur un résultat particulièrement efficace. À l’inverse, mon expérience peut parfois apporter une réflexion supplémentaire sur le fond, le public ou les conséquences d’un choix éditorial.

Je ne cherche pas à diriger systématiquement les travaux collectifs. Parfois je propose une idée, parfois quelqu’un d’autre en propose une et nous avançons ensemble. Je ne suis pas là pour donner des cours de journalisme à mes collègues, pas plus qu’ils ne sont là pour m’expliquer comment je devrais exercer mon métier. Nous sommes réunis pour acquérir des compétences et réaliser des projets. Bien sûr, il peut arriver que nos réflexes professionnels, nos références culturelles ou nos façons de travailler diffèrent. Mais la vie professionnelle est précisément faite de ces rencontres entre des personnes qui ne pensent pas toutes de la même manière.

Il serait d’ailleurs trop facile de ramener cette situation à un simple conflit de générations. Certains formateurs ont mon âge, tandis que le groupe réunit des personnes beaucoup plus jeunes. Mais les différences que je constate tiennent souvent davantage aux parcours qu’aux années de naissance. Je pourrais parfaitement partager certaines références professionnelles avec un journaliste de 25 ans et découvrir une autre manière de travailler auprès d’une personne de 60 ans issue d’un secteur totalement différent. L’âge ne détermine pas à lui seul notre façon de réfléchir. Nos expériences, notre formation, notre environnement et les métiers que nous avons exercés jouent un rôle tout aussi important.

C’est peut-être l’une des leçons les plus intéressantes de cette aventure. Après quarante-cinq années de carrière, il ne suffit pas d’accepter d’apprendre de nouvelles techniques. Il faut aussi accepter que ses habitudes ne constituent pas l’unique manière de faire les choses. L’expérience apporte des repères précieux, mais elle peut également créer des automatismes. Travailler avec des personnes qui n’ont pas les mêmes références oblige parfois à expliquer ce qui nous paraît évident, à écouter d’autres raisonnements et à envisager des solutions différentes. Ce n’est pas toujours spontané, mais c’est extrêmement stimulant. Et finalement, c’est peut-être aussi cela, continuer à se former : ne pas seulement ajouter de nouvelles compétences, mais élargir sa manière de voir le monde.

Mon petit coin de bureau, mon grand espace d’évasion. Ici, les idées prennent forme, l’imagination voyage et mes cellules grises continuent de s’amuser !

Et puis, une certaine Ruby Wilder est montée à bord…

L’un des résultats les plus inattendus de cette période concerne La Croisière Folk, l’émission musicale que je produis depuis septembre 2019. Depuis ses débuts, son ambition est d’emmener les auditeurs à la découverte des différentes traditions folk, des deux côtés de l’Atlantique et bien au-delà. Folk britannique, irlandais, américain, québécois, belge, folk rock, bluegrass, Americana : les frontières musicales ne m’ont jamais beaucoup intéressé. Ce qui me passionne, ce sont les histoires que racontent les chansons, les artistes qui les portent et les voyages qu’elles permettent d’accomplir sans quitter son fauteuil. Pendant longtemps, cet univers reposait essentiellement sur la musique, mes textes de présentation, ma voix et les recherches consacrées aux artistes.

Mais depuis quelques mois, quelque chose a évolué. En explorant davantage la communication visuelle, en découvrant de nouveaux outils et en multipliant les expériences graphiques, j’ai commencé à envisager une autre manière de prolonger l’univers de l’émission. Et si La Croisière Folk possédait aussi ses propres personnages ? Pas de simples mascottes destinées à décorer une affiche, mais de véritables compagnons de voyage, capables de raconter des histoires, de présenter des artistes et de créer un lien différent avec les auditeurs. C’est ainsi qu’est apparue Ruby Wilder, une jeune guitariste rousse aux cheveux courts, aux taches de rousseur et au regard malicieux. Libre, curieuse, un peu bohème, elle possède également un humour belgo-britannique qui lui permet de lancer un très sérieux « Bloody hell, une fois ! » sans y voir la moindre contradiction.

Évidemment, Ruby ne pouvait pas voyager seule. Elle a donc été rejointe par Banjo, un chat roux tigré aux yeux verts, adopté dans un refuge, indépendant, espiègle et probablement persuadé d’être le véritable patron de l’aventure. Ensemble, ils sont devenus les personnages d’une série de bandes dessinées qui permettent de présenter un album, d’annoncer une émission, de raconter une anecdote musicale ou d’aborder des sujets liés à la nature et aux valeurs humaines. La Croisière Folk ne se limite donc plus uniquement à une expérience sonore : elle commence aussi à posséder son petit univers narratif et visuel.

Ce qui me frappe, c’est que je n’avais pas prévu cette évolution. Avant de commencer ma formation, je ne m’orientais pas spécialement vers la création de personnages ou de bandes dessinées. Je ne peux pas affirmer que Ruby et Banjo n’auraient jamais existé sans l’AID. Personne ne peut savoir ce qu’il aurait imaginé dans des circonstances différentes. Mais je constate que la découverte de nouveaux outils, les exercices graphiques et cette ouverture vers d’autres manières de communiquer ont stimulé quelque chose. Une envie de raconter autrement, d’expérimenter, d’associer les images aux mots et à la musique. Finalement, ces deux personnages sont peut-être la meilleure illustration de ce qui peut se produire lorsqu’on accepte de sortir de ses habitudes.

Ruby Wilder et Banjo

L’intelligence artificielle : un assistant, pas un maître

Il y a d’ailleurs un autre acteur dans cette aventure, même s’il n’apparaît jamais dans les bandes dessinées : l’intelligence artificielle. Car pour donner vie à Ruby Wilder et à son compagnon Banjo, j’ai également fait appel à cette technologie dont on parle tellement, parfois avec enthousiasme, parfois avec inquiétude. À 64 ans, me voilà donc en train d’expérimenter avec l’IA générative, de réfléchir à des descriptions de personnages, à des ambiances graphiques, à des expressions et à des mises en scène. Qui aurait imaginé cela lorsque j’ai commencé ma carrière de journaliste en 1981 ? À l’époque, nous étions bien loin de pouvoir demander à une machine de transformer une idée en illustration. Aujourd’hui, cette possibilité existe. Pourquoi faudrait-il s’en priver sous prétexte que l’on a dépassé la soixantaine ?

Mais je tiens à une distinction fondamentale : l’intelligence artificielle est pour moi un assistant, certainement pas un maître. Elle ne décide pas à ma place de ce que doit être La Croisière Folk, de la personnalité de Ruby ou des aventures qu’elle partage avec Banjo. C’est moi qui imagine leur univers, qui définis leurs caractères, qui choisis les histoires à raconter et qui décide si un résultat correspond ou non à ce que je recherche. L’IA peut proposer, illustrer, suggérer des possibilités auxquelles je n’aurais pas pensé. Elle peut aussi se tromper, produire quelque chose d’incohérent ou s’éloigner complètement de mon intention. Dans ce cas, je corrige, je reformule, je recommence ou je rejette le résultat. Autrement dit, elle m’aide à donner une forme à mes idées, mais elle n’en devient pas propriétaire.

Cette démarche rejoint d’ailleurs ma conception du journalisme. Un outil, aussi puissant soit-il, ne dispense jamais de réfléchir, de vérifier ou de garder son esprit critique. Je ne demanderais pas à une intelligence artificielle de décider à ma place de ce qui mérite d’être publié, pas davantage que je ne lui abandonnerais la responsabilité d’une information. Dans mon travail, elle peut être une aide à la recherche, à la préparation, à la rédaction ou à la création visuelle. Mais le jugement éditorial et la responsabilité du résultat doivent rester humains. L’important n’est pas seulement de savoir utiliser une technologie, mais de comprendre ce qu’elle permet, ce qu’elle ne permet pas et les limites qu’il faut lui fixer.

Et voilà qui nous ramène à cette fameuse question de l’âge. On présente parfois les nouvelles technologies comme un territoire naturellement réservé aux jeunes générations, tandis que les plus âgés seraient condamnés à courir derrière un progrès qu’ils ne comprendraient plus. Mon expérience démontre au moins qu’il ne faut pas généraliser. À 64 ans, j’apprends de nouveaux logiciels, j’expérimente avec l’intelligence artificielle et je crée des personnages qui n’existaient pas quelques mois auparavant. Je ne prétends pas maîtriser toutes ces technologies, loin de là. Mais je suis curieux, j’essaie, j’apprends et je conserve mon esprit critique. Finalement, le plus important n’est peut-être pas de savoir à quel âge on découvre un outil, mais ce que l’on décide d’en faire.

L’intelligence artificielle peut générer l’image de Ruby Wilder. Mais l’envie de la faire exister, de lui donner une personnalité et de l’embarquer dans La Croisière Folk, c’est dans mon imagination qu’elle est née. Et cela, aucune machine ne l’a décidé à ma place.

On ne devient pas inutile le jour de ses 55 ans

Derrière cette expérience plutôt réjouissante se cache néanmoins une question beaucoup moins amusante : quelle place notre société réserve-t-elle aux travailleurs expérimentés ? Passé 50 ou 55 ans, beaucoup découvrent que leur expérience, autrefois présentée comme un atout, ne suffit plus toujours à convaincre un employeur. On peut être considéré comme trop expérimenté, trop coûteux, pas assez flexible ou supposément moins à l’aise avec les nouvelles technologies. Les préjugés ne sont pas toujours exprimés ouvertement. Ils peuvent prendre la forme d’un entretien qui n’aboutit pas, d’une candidature sans réponse ou d’une préférence systématique pour des profils plus jeunes.

Il serait injuste de prétendre que toutes les entreprises raisonnent de cette manière. Certaines savent parfaitement reconnaître les compétences, l’autonomie et la capacité d’adaptation des salariés expérimentés. Mais il serait tout aussi naïf de nier que l’âge peut constituer un obstacle sur le marché du travail. Ce qui m’interpelle particulièrement, c’est la contradiction entre les discours qui encouragent la formation tout au long de la vie et les réalités professionnelles auxquelles sont parfois confrontés ceux qui souhaitent continuer à travailler après 55 ou 60 ans. On nous explique qu’il faut rester actifs, actualiser nos connaissances, maîtriser de nouveaux outils et nous adapter aux transformations du marché. Très bien. Mais encore faut-il que les compétences ainsi acquises puissent ensuite être reconnues.

Je n’ai aucune envie de présenter mon retour en formation comme une histoire merveilleuse dans laquelle il suffirait de maîtriser Canva ou Photoshop pour voir toutes les portes s’ouvrir. Les difficultés du marché de l’emploi ne disparaissent pas avec une attestation de formation. Et quarante-cinq années d’expérience ne protègent pas automatiquement des incertitudes professionnelles. Mais précisément, c’est pour cela que je trouve important de continuer à apprendre. Non pas pour donner des gages à ceux qui considèrent qu’un travailleur de plus de 60 ans devrait constamment prouver qu’il est encore capable de suivre, mais parce que je veux conserver la liberté d’évoluer, de créer et de construire de nouveaux projets.

Je ne suis pas retourné à l’école pour effacer mon passé professionnel. Je n’ai pas l’intention de recommencer ma carrière de journaliste à zéro. J’y suis allé pour enrichir ce que je sais déjà faire, acquérir d’autres compétences et explorer de nouvelles possibilités. Il existe une différence fondamentale entre changer complètement de métier et faire évoluer celui qu’on exerce depuis des décennies. Aujourd’hui, un article peut être accompagné de créations graphiques, une émission de radio peut vivre sur plusieurs plateformes, un podcast peut devenir le point de départ d’un projet éditorial plus vaste. Les métiers de l’information et de la communication évoluent, et je trouve beaucoup plus intéressant d’accompagner ces transformations que de les regarder passer.

L’expérience ne doit pas devenir une prison

Il existe un risque dont on parle moins souvent lorsqu’on évoque les professionnels expérimentés : celui de finir par croire que l’on connaît déjà la meilleure façon de faire les choses. Après plusieurs décennies dans un métier, on développe des réflexes, des méthodes et des habitudes qui permettent de travailler efficacement. C’est une richesse considérable. Mais ces habitudes peuvent parfois devenir des frontières invisibles. On reproduit ce qui fonctionne, on évite ce qui paraît compliqué et l’on finit, presque sans s’en apercevoir, par explorer moins de possibilités nouvelles.

Reprendre une formation permet de bousculer cette mécanique. Devant un logiciel inconnu, les années d’expérience ne suffisent pas toujours. Il faut observer, essayer, se tromper, recommencer et parfois demander de l’aide. Et cette situation a quelque chose de salutaire. Elle rappelle que l’on peut être compétent sans être omniscient, expérimenté sans être figé, et qu’il n’y a aucune honte à ne pas tout savoir. Au contraire, reconnaître qu’on a encore des choses à découvrir constitue probablement l’une des meilleures protections contre le vieillissement de nos idées.

C’est également pour cette raison que le travail en groupe prend une dimension particulière. Lorsque chacun possède des références différentes, les propositions ne vont pas nécessairement dans la direction que nous aurions choisie individuellement. Il faut discuter, argumenter, parfois renoncer à une idée et accepter qu’une autre fonctionne mieux. Dans une rédaction, ce type d’échange fait normalement partie du quotidien. Mais dans une formation qui rassemble des parcours très différents, il prend une autre dimension. On ne confronte plus seulement des idées. On confronte aussi des manières d’aborder les problèmes, des expériences personnelles et des cultures professionnelles. Et cette diversité peut devenir une véritable source de créativité, à condition de ne pas considérer sa propre expérience comme une vérité universelle.

Jimagine.org : continuer à regarder devant soi

Si je devais résumer ce que cette formation m’apporte après quelques mois, je ne parlerais donc pas uniquement de Photoshop, d’Illustrator ou de Canva. Je parlerais de curiosité, de rencontres, de remise en question et de créativité. Je parlerais également du plaisir de découvrir que l’on peut encore être surpris par ses propres idées. Je pensais suivre une formation pour compléter mes compétences en communication. Me voilà en train d’inventer des aventures pour une guitariste rousse et son chat, de réfléchir à de nouvelles formes de publication et d’imaginer des passerelles entre journalisme, musique et création graphique. Ce n’était pas prévu au programme, mais c’est peut-être justement ce qui rend l’expérience intéressante.

Au fond, cette démarche correspond assez bien à l’esprit de JIMAGINE. Imaginer ne consiste pas seulement à inventer des histoires ou à produire des images. C’est aussi refuser de considérer que les situations sont définitivement figées. C’est accepter qu’une nouvelle rencontre puisse modifier notre regard, qu’un apprentissage puisse ouvrir une perspective inattendue et qu’une idée puisse naître là où nous ne l’attendions pas. C’est regarder le monde avec suffisamment de curiosité pour continuer à y découvrir des possibilités, même lorsque l’on possède déjà un long parcours derrière soi.

Je ne prétends pas que tout le monde doive retourner à l’école à 64 ans. Certains auront envie de voyager, de jardiner, de s’engager dans une association, d’apprendre une langue ou simplement de profiter d’un rythme de vie différent. Chacun doit pouvoir choisir librement. Mais personne ne devrait entendre qu’il est trop âgé pour apprendre, trop expérimenté pour changer ou trop vieux pour avoir une idée un peu folle. La curiosité ne devrait jamais être soumise à une limite d’âge, pas plus que la créativité ou l’envie de participer à la vie professionnelle et sociale.

Quant à moi, je continue mon chemin. Avec mes quarante-cinq années de journalisme, mes nouvelles découvertes graphiques, mes expérimentations avec l’intelligence artificielle, mes projets radiophoniques, mes articles et quelques interrogations sur ce que l’avenir me réserve. Je ne sais pas encore quelles portes cette formation ouvrira, ni quelles idées surgiront au détour d’un prochain exercice. Mais j’ai appris quelque chose que je trouve particulièrement précieux : on peut avoir beaucoup vécu sans avoir tout découvert. Et surtout, on peut encore apprendre énormément en travaillant avec des personnes dont le parcours ne ressemble pas au nôtre.

Finalement, le véritable défi n’est peut-être pas seulement de rester à la page. C’est de continuer à écrire les suivantes.

Et si, au passage, une certaine Ruby Wilder et son chat Banjo décident d’y ajouter quelques dessins et une bonne dose d’humour, je ne vais certainement pas les en empêcher.

À 64 ans, je ne sais pas encore tout ce que je ferai demain. Mais une chose est certaine : je n’ai pas fini d’imaginer.

Et mes cellules grises non plus, apparemment.

Deux chansons pour prolonger la réflexion

Pour accompagner ce retour sur les bancs de l’école, j’ai choisi deux chansons de 1979. La première, Another Brick in the Wall de Pink Floyd, dénonce une éducation qui impose la conformité plutôt que de favoriser la réflexion. La seconde, The Logical Song de Supertramp, interroge ce que nous perdons parfois de notre curiosité et de notre spontanéité en grandissant.

Quarante-sept ans plus tard, à 64 ans, j’ai peut-être trouvé ma réponse : on peut retourner à l’école non pour devenir une brique supplémentaire dans le mur, mais pour continuer à construire sa propre liberté.

A oui, j’allais oublier, pour découvrir La Croisière Folk, cliquez ici => https://hearthis.at/la-croisiere-folk/

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