Peut-on apprendre à se rencontrer sans gommer ce qui nous distingue ? C’est le pari de Coexister, un mouvement d’éducation populaire porté par des jeunes et tourné vers les jeunes. L’association invite les 15-35 ans, croyants ou non, à se découvrir, à parler de leurs convictions et à construire des actions ensemble. L’idée n’est pas de faire disparaître les désaccords. C’est de créer les conditions pour qu’ils ne ferment pas la porte à la coopération.
Sur son site, Coexister décrit une démarche de « coexistence active ». Elle prend forme dans des groupes locaux, des temps de rencontre, des ateliers et des projets solidaires. Le mouvement se présente comme interconvictionnel plutôt qu’interreligieux : il inclut les convictions religieuses, spirituelles et philosophiques, mais aussi les personnes athées ou agnostiques. La présentation officielle de Coexister précise que les personnes viennent en leur nom propre, et non comme représentantes d’une communauté.

copyright « Clément Ruault – Coexister France »
Se rencontrer avant de débattre
La première étape peut être très simple : partager un repas, jouer, faire du sport ou prendre le temps de discuter. Ces moments créent un terrain commun. Ils permettent de rencontrer une personne avant de la réduire à une opinion, une religion ou une étiquette.
Les groupes locaux proposent aussi des échanges autour de sujets de société. La famille, l’éducation, l’écologie ou les relations entre femmes et hommes peuvent servir de point de départ. Le but n’est pas de fabriquer un accord à tout prix. Il s’agit plutôt d’écouter ce qui se joue pour chacun, de poser des questions et de découvrir comment une conviction se traduit dans la vie quotidienne.
Coexister organise également des rencontres avec des lieux, des pratiques ou des traditions. Selon le format, cela peut passer par la visite d’un lieu de culte, un témoignage ou une découverte culturelle. Ce type d’expérience aide à sortir des idées reçues abstraites. On échange avec des personnes réelles, qui racontent elles-mêmes ce qui compte pour elles.
Cette approche demande un cadre. Les bénévoles sont formés à l’animation et à la facilitation des échanges. La page pédagogique de l’association insiste sur le respect de l’identité de chacun, la rencontre avec les différences et l’apprentissage par l’action. Elle rappelle aussi que les participants ne sont pas là pour représenter une conviction entière. Une personne parle depuis son expérience, qui ne résume jamais toutes celles des autres.
La coexistence active, une pédagogie qui passe par l’action
Pour Coexister, le dialogue n’est pas une fin isolée. Il doit pouvoir mener à une coopération concrète. Dans les groupes, les jeunes peuvent imaginer et organiser des actions avec des associations locales : maraudes, collectes, opérations de nettoyage ou initiatives de sensibilisation. Le contenu varie selon les besoins du territoire et les partenaires disponibles.
Cette façon de faire donne aux participants plusieurs rôles à la fois. Ils apprennent à mieux comprendre leur propre rapport aux convictions, à écouter celui des autres et à monter un projet collectif. Organiser une rencontre ou une action solidaire, c’est aussi répartir les tâches, prendre des décisions, communiquer et s’adapter quand tout ne se déroule pas comme prévu.
La coexistence active repose sur une idée simple : la diversité est déjà là, et elle peut devenir une ressource pour créer du lien. Mais cela ne se produit pas automatiquement. Il faut du temps, des règles de discussion et une attention aux rapports de pouvoir comme aux discriminations. Le site de Coexister présente ses espaces comme des lieux d’apprentissage, pas comme des espaces où toute difficulté serait absente. Cette nuance compte : le dialogue n’efface ni les inégalités ni les expériences de violence.
Dans ce cadre, les bénévoles peuvent apprendre à animer des échanges, à construire un événement ou à parler de la laïcité et des faits religieux. L’association indique que ses formations mêlent apports de fond et ateliers pratiques. Des bénévoles ayant eux-mêmes vécu le parcours peuvent ensuite transmettre ces outils à d’autres.

copyright « Clément Ruault – Coexister France »
Des ateliers pour parler des préjugés et du vivre-ensemble
Au-delà des groupes locaux, Coexister propose des ateliers de sensibilisation à destination des jeunes et de structures éducatives, associatives ou de jeunesse. La page officielle consacrée à ces ateliers décrit un format d’environ deux heures, animé par des membres formés. Les séances abordent notamment les préjugés, la façon de faire société et les possibilités d’engagement.
Le déroulé annoncé avance par étapes. Les participants commencent par questionner des idées reçues, puis explorent des manières de vivre ensemble. Enfin, des jeunes témoignent de leur parcours et présentent des pistes d’action. Cette progression permet de passer d’une réflexion générale à des situations vécues, puis à la question : que peut-on faire, individuellement ou à plusieurs, dans son établissement ou son quartier ?
Coexister affiche sur son site des chiffres cumulés de 3 860 établissements visités, 4 300 ateliers réalisés et 13 032 jeunes sensibilisés. La page consultée ne précise pas la période couverte par ces données. Il faut donc les lire comme les indicateurs déclarés par l’association, et non comme un bilan annuel daté.
Le mouvement publie aussi des résultats d’une étude d’impact menée par l’agence Phare. Selon les chiffres présentés sur son site, 88 % des personnes ayant participé déclarent avoir déconstruit des préjugés grâce à Coexister. L’association indique également que 95 % se sentent capables de créer des espaces de confiance où les convictions peuvent s’exprimer. Ces données décrivent des réponses déclaratives et ne suffisent pas, à elles seules, à mesurer tous les effets dans la durée. Elles donnent néanmoins un aperçu de ce que les participants disent retirer de leur expérience.
Un engagement ouvert à plusieurs niveaux
Le bénévolat ne se limite pas à prendre la parole devant un groupe. Les missions décrites par Coexister vont de l’organisation d’événements à la communication, en passant par l’accueil, la logistique, l’animation d’ateliers ou la tenue d’un stand. L’association indique que ses bénévoles ont entre 15 et 35 ans et qu’ils peuvent contribuer selon le temps dont ils disposent.
Cette diversité des rôles est importante. Une personne peut commencer par aider ponctuellement lors d’une rencontre, puis s’impliquer davantage si elle en a envie. D’autres choisissent une mission régulière dans un groupe local ou se forment à l’animation. Selon la page dédiée au bénévolat, l’association prévoit un accompagnement par l’équipe nationale.
Coexister présente des groupes locaux dans une quinzaine de villes. Le site explique également qu’un groupe peut se lancer lorsque plusieurs jeunes souhaitent le faire, avec des outils, des formations et un accompagnement de l’équipe nationale. Pour connaître les groupes actifs et les modalités à jour, mieux vaut consulter directement la page officielle pour devenir bénévole.
Faire société sans demander aux autres de se ressembler
La promesse de Coexister tient dans cette distinction : vivre ensemble ne veut pas dire penser pareil. L’association cherche plutôt à créer des espaces où les jeunes peuvent exprimer leurs convictions, écouter celles des autres et se retrouver autour d’une action commune. Cela peut sembler modeste face aux tensions qui traversent la société. Mais apprendre à discuter sans se caricaturer, puis à travailler ensemble, est déjà une expérience sociale précieuse.
Cette démarche ne dispense pas de parler des conflits, des discriminations ou des désaccords profonds. Au contraire, elle suppose de ne pas les masquer sous un discours de convivialité. Le cadre de discussion, la formation des bénévoles et l’attention portée aux limites de chaque personne sont essentiels pour que la rencontre ne repose pas seulement sur la bonne volonté.
Coexister propose ainsi une manière concrète de pratiquer le dialogue : commencer par la rencontre, reconnaître que les parcours sont différents, puis essayer de faire quelque chose ensemble. Pour les jeunes qui veulent découvrir le mouvement, ses ateliers ou ses groupes locaux, les informations actualisées sont disponibles sur le site officiel de Coexister.
