Un besoin local ne se règle pas toujours avec un grand dispositif. Parfois, il faut un lieu où l’on peut entrer, cuisiner avec d’autres, s’asseoir à table et revenir. C’est le pari des Petites Cantines, un réseau non lucratif de cantines de quartier né à Lyon.
Le principe est simple. Les habitants, de passage ou non, préparent et partagent un repas. Ils peuvent aussi mettre le couvert, accueillir les autres convives ou participer à la vaisselle. Les repas sont participatifs, durables et à prix libre.
Pour comprendre le passage de l’idée au terrain, nous nous appuyons sur une interview publique de Diane Dupré La Tour, cofondatrice des Petites Cantines, publiée par Millénaire 3 le 7 juillet 2022, ainsi que sur les données publiées par l’association. Ce n’est pas une interview réalisée par Jimagine. La précision compte.
Un besoin local de départ : remettre de la relation dans le quotidien
Le projet ne part pas d’un cahier des charges national. Il naît d’une histoire personnelle et d’une envie de construire un projet utile.
Dans l’entretien publié en 2022, Diane Dupré La Tour raconte qu’après un accident de la vie, ses voisins avaient cuisiné pour elle. Les plats déposés chaque semaine sur son palier l’avaient marquée. Il ne s’agissait pas seulement de se nourrir. Ces gestes créaient de la présence et de la confiance.
En parallèle, Étienne Thouvenot cherchait un projet porteur de sens. Les deux futurs cofondateurs ont rapproché leurs expériences et ont retenu l’idée d’un réseau de cantines de quartier. Le repas devenait un point de départ concret pour retisser des liens entre habitants.
L’association a été créée à Lyon en 2015. Les cantines sont ouvertes à toutes et à tous. L’objectif est de permettre une rencontre réelle, dans un lieu de proximité, avec une activité que chacun peut rejoindre à son niveau.
La rencontre avec les habitants avant l’ouverture
En 2015, l’équipe a tenu un stand place Valmy, dans le 9e arrondissement de Lyon. Les habitants ont laissé leurs coordonnées et proposé des idées.
L’une de ces idées concernait le prix libre. Ce choix est devenu un élément du modèle. Chaque convive contribue selon ses moyens.
L’accueil n’a pas été uniforme. Dans l’interview de 2022, Diane Dupré La Tour explique que certains restaurateurs s’interrogeaient sur la difficulté du métier. Des acteurs sociaux se demandaient aussi comment le projet pouvait s’articuler avec un secteur soumis à de plus en plus de normes. D’autres ont rapidement vu la complémentarité avec les structures existantes.
Des choix concrets : cuisiner ensemble, acheter local, faire réseau
Les convives ne sont pas de simples clients. Ils peuvent cuisiner ensemble, mettre le couvert, servir, accueillir une nouvelle personne ou ranger après le repas.
Le réseau met en avant les produits bio, locaux ou issus de circuits courts, avec peu de produits carnés. Dans l’entretien de 2022, Diane Dupré La Tour cite la collecte d’invendus auprès de magasins bio et naturels du quartier, ainsi que l’achat de produits à un maraîcher local de Chasselay, près de Lyon.
Le prix libre facilite l’accès, mais il ne suffit pas à faire fonctionner un lieu. Chaque cantine s’appuie sur une personne salariée, la ou le maître.sse de maison. Cette personne veille à l’hygiène, à l’approvisionnement et à l’accueil. Elle aide aussi les convives à participer et à s’exprimer.
Les Petites Cantines accompagnent les collectifs qui souhaitent ouvrir une cantine ou développer un projet où le repas sert le lien social. L’Avise décrivait en janvier 2022 une formation appelée « Ça mijote », une fiche projet, un suivi individuel et une communauté apprenante entre cantines.
La Charte ADN, rédigée collectivement à l’été 2020, fixe les fondamentaux du réseau. Elle donne un cadre commun tout en laissant aux équipes locales une marge d’adaptation.
Des résultats vérifiables, avec une réserve sur les dates
La page officielle « Nos chiffres clés » affiche actuellement :
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près de 200 000 repas servis depuis le début de l’aventure ;
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plus de 19 000 adhérents ;
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plus de 45 000 convives ayant participé à la cuisine ;
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38 emplois créés ;
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22 cantines ouvertes ;
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7 cantines en projet ;
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3 projets mettant le repas au service du lien social accompagnés.
La page ne donne pas de date précise pour cette série. Nous la présentons donc comme un état des chiffres affichés par l’association, et non comme un bilan annuel 2024 ou 2025.
La mesure d’impact social publiée par Les Petites Cantines porte sur l’automne 2023. Elle indique notamment que 97,5 % des convives interrogés se sentent accueillis tels qu’ils sont, 88 % ressentent de la confiance envers les autres convives et 76 % disent prendre conscience de certains préjugés et changer de regard. 88 % déclarent avoir découvert des produits ou recettes sains, de saison et peu coûteux qu’ils souhaitent reproduire. Plus d’un convive sur deux affirme avoir changé durablement ses pratiques alimentaires. Enfin, 91 % considèrent le prix libre comme un outil fiable pour démocratiser l’accès à une alimentation saine et de qualité.
Les difficultés rencontrées quand le projet grandit
Ouvrir une cantine est une étape. La faire vivre dans le temps en est une autre. Il faut trouver un lieu, financer les premiers travaux, sécuriser l’approvisionnement, respecter les règles d’hygiène, soutenir une équipe et construire une communauté.
L’essaimage ajoute une difficulté. Les équipes locales doivent garder leur autonomie tout en respectant les bases du modèle. L’Avise relevait en 2022 la sur-sollicitation possible des équipes, entre les salariés présents en semaine et les bénévoles mobilisés le soir ou le week-end. L’équilibre économique et l’impact social doivent avancer ensemble.
Ce que d’autres associations peuvent reprendre
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Partir d’un besoin vécu. La question n’est pas seulement « comment servir des repas ? », mais aussi « comment créer les conditions d’une relation de qualité ? »
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Tester avant d’ouvrir. Un stand ou un repas test permet de recueillir des idées et de repérer les objections.
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Donner un rôle aux personnes concernées. Elles ne sont pas uniquement bénéficiaires. Elles participent et contribuent.
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Fixer quelques règles fortes. Une charte aide à grandir sans perdre le sens du projet.
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Mesurer les effets. Le nombre de participants compte. Le sentiment d’accueil et la confiance comptent aussi.
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Nommer le travail invisible. Accueil, hygiène, coordination et financement sont à prévoir dès le départ.
Un projet à découvrir et à raconter
Les Petites Cantines montrent comment une idée née d’un vécu local peut devenir un réseau. Leur méthode tient à une suite de décisions concrètes : écouter les habitants, créer un cadre participatif, travailler avec les ressources du territoire, mesurer les effets et accompagner les nouveaux collectifs.
Vous portez une action locale partie d’un besoin clairement identifié ? Jimagine donne la parole aux associations, collectivités et collectifs qui racontent leurs choix, leurs résultats et leurs difficultés. Vous pouvez nous proposer votre témoignage via Jimagine.
Sources
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Interview de Diane Dupré La Tour, Millénaire 3, 7 juillet 2022.
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Retour d’expérience de l’Avise, 7 janvier 2022.
