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Des réfugiés cultivent un terrain pour les plus défavorisés chez un agriculteur près de Rennes

Chaque jour, 25 personnes sans-papiers prennent à tour de rôle soin d’une parcelle de terre près de Rennes. Une partie de leur production est destinée aux Restos du Cœur. Cette initiative a été lancée suite à la rencontre entre un réfugié camerounais et un éleveur breton. .

Voici un exemple de l’entraide au sein du secteur agricole en Bretagne. À Domloup, situé à quelques kilomètres à l’est de Rennes, près de Châteaugiron, Eddy, un réfugié camerounais, travaille sur les terres de Grégory Bertel. Cet éleveur de bovins a décidé de louer, il y a quelques mois, l’un de ses 65 hectares à Eddy. Depuis lors, ce dernier a fondé le collectif des agriculteurs solidaires. Ce groupe, composé d’environ 25 réfugiés sans papiers, se réunit une ou plusieurs fois par semaine pour cultiver cette parcelle. Les récoltes obtenues sont destinées aux plus démunis, notamment aux Restos du Cœur.

La solidarité en tant que moteur

Au Cameroun, Eddy exerçait le métier d’agriculteur. En tant que propriétaire d’une grande exploitation, il se consacrait à la culture du cacao et des palmiers à huile, tout en élevant des animaux. Un jour, un groupe d’hommes l’a violemment agressé, l’a ligoté, puis a dérobé près de 500 poulets.  » Lorsque nous avons arrêté les premiers suspects, nous avons découvert que les gendarmes étaient impliqués« , révèle cet homme de 42 ans. Sa vie étant en danger, il a dû fuir son pays à la fin de l’année 2022. Cela a donné lieu à un long périple. Le chemin de l’exil s’est avéré long et traumatisant. Une fois arrivé en Tunisie, il a trouvé un bateau de fortune pour s’embarquer.  Parmi les 78 personnes à bord, 50 se sont noyées, raconte Eddy avec sérieux.

©Radio France – Valentin Belleville

Arrivé en France il y a trois ans, il a découvert la solidarité des organisations telles que les Restos du Coeur. La première fois qu’il a reçu un repas sans avoir à le régler, il a réalisé qu’il devait participer à cela. Ainsi, il a mis à profit ses compétences en agriculture et a fondé le collectif des agriculteurs philanthropes : des réfugiés comme lui, engagés dans leurs démarches administratives pour obtenir un titre de séjour et désireux d’aider les plus démunis. Chacun peut venir quand il le souhaite, mais à chaque fois, je dois trouver les fonds pour couvrir le ticket de bus, car depuis Rennes, cela coûte 2 euros 50, ce n’est pas simple, soupire le Camerounais.

« Si je peux contribuer à mon échelle, je le fais »

Salades, radis, céleri, et même pommes de terre, ici tout est cultivé en agriculture biologique et en agroforesterie. Les personnes qui participent à la culture ont la possibilité de reprendre une partie de leur récolte, tandis que le reste est destiné aux associations.  » Les blettes que vous apercevez ici, je les amène jeudi aux Restos du Cœur de Melesse« , déclare Eddy avec fierté.

Pour réaliser cette initiative, Eddy exprime sa gratitude envers Gregory Bertel, éleveur de bovins à viande à Domloup : « On le perçoit comme un bon samaritain, prêt à venir en aide aux plus vulnérables, il souhaite contribuer à cette cause« , souligne Eddy. Cet agriculteur breton de 54 ans a fait de la lutte contre les inégalités sociales son cheval de bataille : « Nous sommes tous des êtres humains, unis sur cette petite planète. Ainsi, nous combattons le racisme. Dans nos campagnes, les agriculteurs n’ont jamais rencontré d’étranger, pourtant ils sont empreints de racisme« , confie l’éleveur, les larmes aux yeux.

« Nous faisons tous face aux mêmes difficultés, il est essentiel de rester unis. Eddy a surmonté des épreuves, vécu des traumatismes, et il a besoin de soutien. Il a de bonnes idées et beaucoup de motivation, donc si je peux lui apporter mon aide, même à petite échelle, je le ferai« , ajoute Gregory Bertel.

Sur le plan administratif, Eddy a été rejeté dans sa demande d’asile par l’État français : « Les autorités n’ont pas cru à mon récit« , raconte-t-il, désabusé. Néanmoins, il refuse de se laisser abattre et se rend chaque jour sur cette parcelle, « dans ma situation, je n’ai pas d’autre option, je continue d’avancer et cela passe forcément par le travail« .

Pour couvrir les diverses dépenses associées à l’exploitation de cette parcelle, Eddy a créé une collecte de fonds, laquelle a atteint plus de 8.000 euros. Elle est accessible par ce lien.

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